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LE BARON D'ALBIKRAC, ACTE I, SCÈNE VIII

ORONTB^ à Angélique^ feignant de continuer haut la conversaiion*

EnÛQ donc vous trouvez Ma garniture belle?

ANGÉLIQUE

Oui, belle, et des plus belles.

LISETTE, bas à la tante.

J'écoute : il ne lui dit que pures bagatelles, Et vous laisse, par là, Léandre à gouverner.

LA TANTE, â Léandre, Quel âge croyez-vous qu'on me puisse donner?

LÉANDRE

Vous n'êtes qu'une fille, et sans votre veuvage. Je vous croirais trop jeune encor pour le ménage. Vingtetunansauplus.

LISETTE, ba$.

Où les va-t-il chercher?

LA TANTE

Non, j'en puis avoir trente, et n'en veux point ca-

LÊANDRE. [cher.

Quoi, trente! Et dans cet âge un brillant de jeu-

LA TANTE. [ueSSC...

J'ai pourtant eu souvent grand sujet de tristesse : Du vivant du bonhomme, ah 1 grands dieux, quels C'étaient de tristes jours. [ennuis!

LISETTE, bas.

Et de plus tristes nuits.

LÉANDRE

Qu'un vieillard ait eu l'heur d'obtenir... J'en soula TANTE. [pire.

Quej'ai versé de pleurs !

LÉANDRE

Au moins, dansce martyre, Grâce à sa prompte mort, peu de temps s'écoula?

LA TANTE

Quinze ans s'y sont passés.

LISETTE, bas.

Et quinze par delà.

LÉANDRE. [larmes.

Quel supplice! Et vos yeux, après quinze ans de Ont trouvé le secret de conserver leurs charmes? Que de jaloux débats vont causer vos attraits !

LA TANTE. [haits;

L'hymen n'a pas grand lieu de toucher mes sou- Et quitte des ennuis dont j'ai trop fait l'épreuve, J'aime assez le repos qui suit l'état de veuve. Je vis tranquille, heureuse.

LÉANDRE

Et vous faites fort bien.

C'est en cela...

LA TANTE

Pourtant je n'ai juré de rien; Et selon...

LÉANDRE, l'interrompant d^nn air chagrin.

D'ordinaire, où sont vos promenades?

LA TANTE

Où l'on veut.

LÉANDRE

A Saint-Cloud? Lescharmantescascadesl

Vous allez fort souvent dans ces aimables lieux?

LA TANTE

Pas trop.

LÉANDRE

Dites le vrai, Vincennes vous plaît mieot

On ne se divertit dans toutes ces parties, Que selon qu'elles sont bien ou mal assorties; Le goût dépend des lieux beaucoup moins qaedfê Quand ils spnt bien choisis... [gens;

LÉANDRE

C'estcommejerenlends.

LA TANTE

Si bien que vous croiriez qu'une haine si forte, Contre le mariage en aveugle m'emporte; Que sûre qu'on m'aimât, j'eusse assez de rigueur Pour voir un vrai mérite, et défendre mon cœur?

LÉANDRE

Qu'il en faudrait, madame, et qu'il est difficile Que vous ne rendiez pas ce mérite inutile! En est-il qui ne cède, en voyant éclater...

LA TANTE

Mon Dieu, ne perdez point le temps à me flatter, Je n'aime point l'encens.

LÉANDRE

Puisque c'est vous déplaire, Je le quitte, madame, et change de matière. Croyez-vous qu'à la cour Arîste ait du créa?

LA TANTE

Vous n'expliquez pas bien ce que je vous ai dit. Si j'ai quelque mérite, il n'est pas raisonnable Deprétendrequ'àpeineil s'en trouve un semblable; Et quelqu'un que je sais vaut tout ce que je nui.

LISETTE, bas.

Bon cela.

Ce quelqu'un n'a donc point de défauiât

LA TANTE

Vous le connaissez bien.

LÉANDRE

Moi, madame?

LA TANTE

Vous-même.

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