LE BARON D'ALBIKRAC, ACTE IV, SCÈNE VII
Le baron, sans réserve, aspirant à vous plaire, le prendrais ]e plus sûr. .
LA MONTAGNE, ifot à Philipin.
J'entends, laisse-moi faire.
PHIUPIN, bas ù La Montagne.
[Hs qu'il sera pendu tout au moins.
LA MONTAONE, Ù iù tante.
Pardonnez Le désordre où mes sens se sont abandonnés: ta douleur m'a d'abord suffoqué la parole.
LA TANTE
Laccidenl est de ceux dont rien ne nous console ;
Slj'aTOue...
LA MONTAGNE
11 est vrai, je sais qu'il serait mieux Due de honte et d'ennui j'en mourusseà vos yeux ; bismasœur,don t le sexe estmoi ns Torique le nôtre, à fait une folie, et j'en ferais une autre. Tmns donc, s'il vous plaît, nonobstant son délit, (Test son affaire.
LA TANTE
Il faut vous en guérir l'esprit, !l, pour faire flnir les ennuis qu'il vous cause, Avecque la Rapière accommoder la chose.
Ihijaccommoderais? Vous ne songez donc pas (^de tous cas vilains, c'est le plus vilain cas? Coaunent, dans un château dont l'antiquité brille, Veoir de guet-apens débouter une ûlle.
Duper sa prud'homie à force de douceurs. De ma sœur qu'elle était, la faire de nos sœurs. Cl, quand il en est soûl, lui tourner le derrière? Âh! Vous serez pendu, monsieur de la Rapière.
LA TANTE
ie sais qu'il est coupable, et je l'ai dit d'abord, lais il est des moments où l'amour est bien fort; Et pour un peu d'empire usurpé sur son âme, U malheureux qu'il est sera...
LA MONTAGNE
Pendu, madame.
Alasœur d'un baron apprendre à provigner I
LA TANTE
Qooi, ne pouvoir souffrir qu'on tâche à vous gagner, Et contre un gentilhomme avoir l'âme si fière?
LA MONTAGNE
Oui, pendu, lui, vous dis-je : et sa gentilhommière. Ne tient-il qu'à venir affronter des barons? Pwâon cou, sans ressource...
LA TANTE
Hé bien, nous le verrons.
If aimez-vous?
LA MONTAGNE
Les transports dont mon âme est suivie, î^evous font que trop voir...
Donnez-moi donc sa vie, Sans cela, point de foi.
LA MONTAGNE
Qui diable, en demi-jour.
Vous est déjà pour lui venu faire la cour? Vous en a-t-on appris le pays, la naissance?
LA TANTE
Signons sa grâce, après entière confidence.
LA MONTAGNE
Signons puisqu'il le faut, mais à condition Que vous ne ferez point languir ma passion. Et que, dès aujourd'hui, par bon contrat en forme. J'aurai droit de vous dire, attendez-moi sous l'orme : Sans cela point d'accord.
LA TANTE
Vous prendre pour époux Ne serait pas, sans doute, assez faire pour vous. Ma nièce est jeune etriche, allez, je vousladonne.
LA MONTAGNE
Et moi, je vous la rends; vous me la baillez bonne. Je hais ces yeux fripons dont la malignité Est, dit-on, fort sujette à la fragilité. Par la moindre douceur leur friandise émue Laisse égarer soudain leurs regards vers la nue; Et pour peu qu'un galant prenne la balle au bond...
LA TANTE
Ma nièce ne vit pas comme les autres font.
J'ai pris soin de l'instruire, et je répondrai d'elle.
D'accordy mais...
LA TANTE
Elle est riche, et de plus...
LA MONTAGNE
Bagatelle.
C'est à vous que j'en veux.
LA TANTE
Mes beaux ans sont passés.
J'enlaidis tous les jours.
^ LA MONTAGNE
Plaisez-moi, c'est assez.
LA TANTE
Vous ne voulez pas voir que j'avance dans l'âge, Que je n'ai plus...
LA MONTAGNE
Tant mieux, vous en serez plus sage.
LA TANTE
On m'a parlé de vous, je ne le puis nier ;
Mais sitôt que je songe à me remarier.
Les soins que le défunt prit toujours de me plaire,
Ce que, pour m'attendrir, il s'efforçait de faire.
Tout cela me ramène un souvenir si doux.
Qu'à faire choix d'un autre en vain je me résous.
Je ne suis plus moi-même aussitôt qu'il me frappe.
LA MONTAGNE
Vous l'avez bien trouvé,c'est par là qu'on m'attrape.
LA TANTE
Que Lisette...
LA MONTAGNE
Employez et le vert et le sec.
Pour me faire passer la plume par le bec. Nous verrons qui de nous y trouvera son compte.
LA TANTE
Quoi donc...
hE BARON DALBIKRAC, ACTB V, SCÈNE I.
LA MONTAONK.
Vous milonoez le Uciturne OroDle; Et si jamais Thymen le met entre vos bras, Vous prendrez patience, et n*en pleurerez pas.
LA TANTS.
Maissi jenesens point pour vous graqde tendresse?
Uk IIONTAONB.
Si je n*en sens non plus pour votre sotte nièce?
LA TANTH.
Qu'a-t-elle de si sot pour vous en dégoûter?
LA MONTAGNE
Et qu*ai-je de si laid pour me tant rebuter?
LA TANTK«
Vingt miileéous pour elle ont entré dans la masse.
LA UONTAGNB.
Mille barons et plus sont sortis de ma race.
LA TANT&
Mon bien, en Tépousanl, vous est sûr quelque jour.
LA MONTAQNS.
Vous devenez baronne en payant mon amour.
LA TANTE
Mais quand ce ne serait que cet hymen m'importe.
LA MONTAONB.
Serviteur.
LA TANTE
A la fin la colère m'emporte.
Ah, le vilain magot qui refuse les gensl
LA MONTAGNE
Ah, la laide guenon qui jase à soixante ansl
Quoi ,j oindre impudemment le mensonge à l'inj ure? Soixante ansl
LA MONTAGNE
Oui, soixante, à fort bonne mesure, Et je le maintiendrai devant votre mignon, Je le connais.
USETTS.
Voyez le joli compagnon Qui nous donne des ans; elle n'en a pas trente.
LA MONTAGNE
Le blondinage a Tart de m'escroquer la tante ; Et chacun pour soi-même agîssantcommeilpeul, Je laisse heureux Oronte à qui seul on en veut. Pour vous garder à lui vous m'avez fait la pièce De vouloir sottement m'endosser de la nièce. L'afi'i'ont pour un baron est un outrage indu, Mais la Rapière aussi, net, il sera pendu. Adieu, tante.