LE BARON D'ALBIKRAC, ACTE V, SCÈNE V
LA TANTE
Ahl Pourquoi n'étiez- vous pas plus sage? Pourla sœur du baron, quoi qu'elleeûldecharmant, Fallail-ii de vos feux croire l'emportement? S'y trop abandonner, n'en prévoir pas la suite?
Personne ne veillait dessus noire conduite, Hors une vieille tante à tous moments au lit. Rien ne mettait obstacle au feu qui nous surprit ; La belle d'un coup d'œil forçait tout à se rendre. Je n'étais pas de marbre, elle avait le cœur tendre, Cent faveurs m'assuraient d'un amour mutuel. Madame, était-ce à moi de faire le cruel ? Sans ce galant surpris elle m'était si chère, Qu'afln de l'épouser j'eusse attendu son frère. Mais plutôt...
LA TANTE
Par argent si nous tâchions...
ORONTE
Abus ; J'ai fait offrir, six fois, jusqu'à dix mille écus; Mais à moins d'épouser...
LA TANTE
Il faut donc me résoudre A devenir sa femme aQn de vous absoudre; Un veuvage éternel me serait bien plus doux.
ORONTE
Hé bien, demeurez veuve.
LA TANTE
Et que devicndrez-vous?
Le baron a juré votre ruine entière.
Ah ! que si vous pouviez n'être point la Rapière 1
PUILIPIN.
Sa rapière a fait rage, il en a pris le nom, Voilà qqe c'est d'occire.
Évitant le baron, Que craindrais-je? Candie est un poste honorable, J'irai contre le Turc...
PHILIPIN.
J'irai contre le diable?
Le Turc, madame!
LA TANTE
Non, si le ciel ne veut pas Qu'u n doux et chaste nœud me mette en tre vos bras. Du moins, pour m'empôcher de vivre infortunée. Attachez-vous à moi par un autre hyménée. Ma nièce...
LISETTE
Elle est pour lui toujours à dédaigner; C'est pis qu'un hérétique, on n'y peut rien gagner. Hors vous, rien ne lui plaît.
LA TANTE
Mais on la trouve aimable.
ORONTE
Madame, si l'on veut, elle est incomparable ; Mais je mourrais d'ennui si j'étais son époux. Chacun voit par ses yeux.
PHIEIPm, û Litelte,
Comme il le baille doai; I/entendil?
LA TANTE
Cependant, quoi que nous puissions fairt, Le baron, sans cela, refuse votre affaire. Point d'accommodement.
Et par quel intérêt?
LA TANTE
Il croit que votre hymen est tout ce qui me plaît, Que je me garde à vous, et, pour son assurance, Il vous veut voir tous deux mariés par avance.
ORONTE
Et ne vous peut-il pas épouser dès demain?
LA TANTE
Non, une grande afiTaire en suspend le dessein, Il faut qu'auparavant il retourne en Bretagne.
ORONTE
Et moi, je me dispose à faire une campagne : Ce que je souffrirais par l'hymen, chaque jour, Rend la guerre pour moi préférable à l'amour, J'y vais prendre parti.
PHIUPIN.
C'est af] n qu'on vous toe:
11 a la rage au cœur de vous avoir perdue, Madame, ayez pitié du matlre et du valet.