SCÈNE I PRUSIAS, ATTALE, ARAXE
ATTALE
Seigneur, ne croyez pas qu'un trône m'éblouisse Jusqu'à rendre mon cœur capable d'injustice, Et me faire oublier quel excès de bonté Vous fit prendre intérêt à ma captivité. Prisonnier d'Annibal qui triomphait d'Eumène, Je vous vis adoucir et mes fers et ma peine, Et vouloir que chez vous on respectât en moi Le sang infortuné de ce malheureux roi. Aujourd'hui que sa mort m'assure sa couronne. Je croirais faire outrage au ciel qui me la donne. Si dans ce nouveau rang j'avais rien de plus doux Que chercher les moyens de m'acquitter vers vous. Quoiqu'Eumène...
PRUSUS.
Seigneur, ne parlons plus d'Eu- Il eût nourri pour nous une éternellehaine ; [mène, Et malgré vous l'honneur vous eût fait une loi De suivre le destin et d'un frère et d'un roi. En vain, brisant vos fers, je pensai le contraindre A redouter les maux que je voyais à craindre; Son orgueil ne lui put endurer d'autre accord, Que de promettre aux dieux ma défaite ou sa mort. Cette mort que pour nous ils crurent nécessaire. Ne m'a plus laissé voir d'ennemi dans son frère ; Et la paix vous semblant le parti le plus doux, Je suis ici venu la jurer avec vous.
Rome a choisi ce lieu commun à l'un et l'autre. Il borne mon État comme il borne le vôtre;
Et c'est là qu'avec joie on m'a vu vous céder Ce que Flaminius n'eût osé demander.
Quoi que m'ait pu sur vous acquérir la victoire, Je ne m'en suis voulu réserver que la gloire: Pergame est tout à vous, et je vous ai reodo Ce qu'à droit de conquête on sait qui m'éUildù.
ATTALE
Ce rare et grand effort d'une vertu sublime, De l'univers entier vous assure l'estime; [fias, Mais, seigneur, tant de biens sont pour moi super- Si, vous devant beaucoup, je n'obtiens encor plos. Quand voulant entre nous voir la guerre finie, Vous brisâtes mes fers dans votre Bithynie, Déjà, depuis longtemps, charmé dans cette coor, J'étais moins prisonnier de guerre que d'amour. Deux beaux yeux en secret captivaient ma franchise, J'avais, j*avais trop vu l'incomparable Élise.
PRUSUS.
U fille d'Annibal?
ATTAl.E.
Oui, je l'aime, seigneur.
L'absence ni le temps n'ont pu changer mon cœur; Et si de votre appui j'ose flatter mon âme. Je puis me tenir sûr du succès de ma flamme. Le fameux Annibal reçu dans vos États, Si vous êtes pour moi, ne vous dédira pas. Contre ses ennemis vous lui prêtez retraite; Et dans l'incertitude où ce besoin le jette. Deux rois pourront tenir son destin afl^enni. S'il en a l'un pour gendre, et l'autre pour ami.
PRUSIAS
La vertu d'Annibal parait si peu commune. Que, sans doute, il est beau d'embrasser sa fortune i:t vous ne sauriez mieux vous en faire l'appui, Qu'en cherchant par l'hymen à vous unir à lui. Mais,quandvous m'employezàvousy rendreoflice
Ouvrez les yeux, seigneur, et me faites justice.