SCÈNE II PRUSIAS, ARAXE
ARAXE
Iclrompé-je, seigneur, dans ce que je présume? Atlile craint qu'un jour la guerre se rallume ; > de peur qu'Annibal n'ose vous secourir, fc épousant sa fille, il veut se l'acquérir.
PRUSUS.
^Ignore les motifs du dessein qu'il m'explique, to enfin, soit amour, Araxe, ou politique, îet hymen... Dieux!
ARAXE
D'où vient...
PRUSIAS
Qu'il doit m'ôtre fatal!
ARAXE
^^ous, seigneur?
PRUSIAS
Tu vois qu'il nous ôte Annibal.
ARAXE
Pouvez-vous regretter qu'il chasse ailleursun hom- Dont la retraite ici vous rend suspecta Rome? [me
PRUSUS.
Mais il faudra qu'Ëlise...
ARAXE
Hé bien, quel intérêt...
PRUSIAS
Quoi, d'Élise...
ARAXE
Seigneur, je crois qu'elle vous plait?
PRUSUS.
A moi? Qui te l'a dit?
ARAXE
Je l'apprends de vous-même.
Ce trouble...
PRUSUS.
Il me trahit, je l'avoue ; oui, je l'aime, Et par mille combats rendus jusqu'à ce jour. J'ai tâché vainement d'étouffer mon amour. Les intérêts d'un fils joints à ceux de mon âge, Ont beau sur cette ardeur refroidir mon courage. Élise a tous mes vœux. Élise a tout mon cœur. Et pour moi, sans Élise, il n'est point de bonheur.
ARAXE
Mais, en vous déclarant, doutez-vous qu'avec joie Annibal...
Non, je sais ce qu'il faut que j'en croie, Mon hymen d'Annibal remplirait tous les vœux. Je n'ai qu'à dire un mot, et je me rends heureux. Mais puis-je consentir à ce que veut ma flamme, SansqueRome aussitôt s'en indigne et m'en blâme? Je me brouille avec elle, et les malheurs d'autrui M'apprenant ce que c'est que perdre son appui, Je dois le ménager; c'est par là que, sans cesse, A déguiser mon cœur j'applique mon adresse. Annibal ne pourrait savoir ma passion.
Qu'il ne s'en prévalût pour son aversion. L'abaissement de Rome étant ce qu'il souhaite, 11 formerait contre elle une ligue secrète, Et m'en faisant l'auteur, me mettrait hors d'état De ne me pas montrer enoiemi du sénat. Tu vois que dans la paix jurée avec Attale, Déjà son amitié m'a presque été fatale. Rome à ce grand accord témoignant s'attacher, Exprès pour choquer Rome il voulait l'empêcher. D'ailleurs, Flaminius ouvertement s'explique. Qui protège Annibal, blesse la république. Et son éloignement qu'il presse chaque jour. Suspend mon espérance, et confond mon amour. J'oppose pour refus ma parole donnée ; Et pour éblouir Rome à le perdre obstinée, J'affecte des froideurs dont le déguisement Cache à Flaminius l'intérêt d'un amant.
Cependant Annibal qui surprend ma conduite. De mes longues froideurs peut redouter la suite. Et, cédant aux soupçons dont je le vois gêné. Accepter dans Attale un gendre couronné.
LA MORT D*ANNIBAL, ACTE I, SCÈNE lit.
Je crois voir à ses feux déjà que tout succède, A moins que de ce mal mon fils soit le retnède. Confident d'Annibal, s'il craint tout de ma foi, Par de nouveaux serments il peut... Mais je le voi.