‹ Théatre completChapitre 937 sur 1461 · SCÈNE V fLAMINIUS, PRUSIAS, ATTALE, ARAXE · texte numérisé non relu

SCÈNE V fLAMINIUS, PRUSIAS, ATTALE, ARAXE

FLAMINIUS

Cest donc ainsi qu'Attale à ses amis renoncCé

ATTALti.

fc connais mal, seigneur, par où j'ai mérité Cq reproche si dur à ma fidélités

L'ardeur qui la soutient le rend peu légitime. Je reçois Annibal, mais ce n'est pas un crime, Ou vers Rome par là, si je noircis ma foi, Croirez-vous Prusias moins coupable que moi ? D'Antiochus à peine il apprit la défaite, Qu'à ce même Annibal il accorda retraite. Le reçut tout fumant de ce fameux débris ; Cependant, ce qu'il fait blessa-t-il les esprits ? Vous parut-il suspect de pratiques secrètes ?

PRUSUS.

Je ne condamne rien au projet que vous faites ; Mais assez de couleurs pourraient le pallier. Sans chercher mon exemple à vous justifier. Antiochus défait, Annibal pouvait nuire.

Trouver quelque autre roi qui s'en laissât séduire; J'étais matlre en ma cour de son ressentiment. Ainsi je le reçus, mais sans attachement ; Et l'on me voit pour Rome une foi trop sincère, Pour douter des motifs de ce que j'osai faire.

ATTALE

Ce zèle si vanté, dont vous êtes jaloux. N'est pas moins fort en moi qu'il pourrait l'être en Et quand vers Annibal ma parole m'engage, [vous. Rome n'a pas plus lieu d'en prendre de ronibragc.

PRUSIAS

Son asile était sûr^ vous l'y pouviez laisser.

ATTALE

Vous voyez toutefois qu'il y veut renoncer, Et que dans votre foi le vif éclat qui brille. Ne saurait...

PRUSLA.S.

Mais enfin, vous épousez sa fille?

ATTALE

Je n'avais pas prévu que contre le sénat Disposer de mon cœur dût être un attentat. Pour Élise, il est vrai, l'amour me sollicite; Mais de quoi m'accuser lorsque je vous imite ?

PBUSLàS.

Quoi, l'on me voit prétendre au nom de son époux?

ATTALE

Non, seigneur, cesoupçon ne tombe point sur vous; L'hymen vous siéraitmal, etdansï'àge où vousêtes. Aux tendres passions peu d'âmes sont sujettes ; Mais lorsque d'Annibal vous vous fîtes l'appui, Vous vouliez seulement vous assurer de lui, Prévenir ce qu'ailleurs il pouvait entreprendre. Par un zèle aussi pur je veux être son gendre. Et l'empêcher de mettre en de mauvaises mains Un dépôt dont la garde est utile aux Romains.

FLAMINIUS

J'ai voulu vous laisser par ces raisons frivoles Étaler votre esprit, et perdre des paroles. Mais enfin, moi présent, et sans m'en consulter, On vous offre une main, vous osez l'accepter? Vous osez à mes yeux, enflé du rang suprême. Trancher du souverain, ordonner de vous-même; El, sans songer par qui Pergame est sous vos lois, Votre amour prétend faire une reine à son choix? C'est donc là le respect que vous portez à Rome?

LA MORT D'ANNIBAL, ACTE ffl, SCÈNE VI.

Ignorez-vous qu'un roi chez elle n'estqu'un homme,

Et que pour renverser les plus grands potentats,

Elle n*a, tout à coup, qu*à retirer le bras?

Ce trône chancelant qu'allait, sans résistance.

D'un voisin redoutable entraîner la puissance.

Vous Ta-t-elle remis, et rendu son égal,

Afin de couronner la fille d'Annibal?

Le titre d'allié dont elle vous honore.

Ne vaut pas se priver d'un objet qu'on adore ;

Et cet honneur n'a rien qui ne laisse terni

Le nom rare et pompeux de gendre d'un banni?

N'en croyez que l'amour, et, sans inquiétude,

Accordez tout contre elle à votre ingratitude.

Le temps vous apprendra s'il vous était permis.

De vous unir contre elle avec ses ennemis.

ATTALE

Touchant quelque hauteur qui semble me confon- Je laisse à Prusias le soin de vous répondre, [dre. Seigneur, ce qu'il dira serad'unplus grand poids. Il a part au mépris que vous faites des rois; Et, comme dès longtemps il sait ce que demande La majesté d'un rang qu'il est beau qu'il défende. Il saura contre vous soutenir mieux que moi, Et la splendeur du trône, et le titre de roi. Au regard d'Annibal, et de l'hymen d'Élise, Avouant mon amour j'ai montré ma franchise; Et, s'il doit m'attirer les foudres du sénat. Vous m'en donnez l'avis, j'en attendrai l'éclat: Voyez bien seulement si j'en paraîtrai digne.

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