LA MORT D'ANNIBAL^ ACTE HI, SCÈNE VII
Eo nin mon cœur surpris en a cru sa langueur, Tâi fait taire mes yeux, j'ai démenti mon cœur; Et ce m'était assez pour chercher à le faire, De songer qu'en aimant je pouvais vous déplaire. Mais enfîo, aujourd'hui que vous me faites voir Qae cet amour n*a rien qui blesse mon devoir, Et qae par un motif que Rome favorise, Je puis vous obliger, en épousant Élise, Je rappelle des feux dont les charmes trop doux ITavaient été bannis que par respect pour vous; Votre intérêt soutient l'ardeur qui me consume, Lai seul l'avait éteinte et lui seul la rallume. Accordez donc, seigneur, à mes brûlants souhaits, La gloire d'un hymen qui confirme la paix. Quelque flatteur appât que mon amour y voie. Montrer mon zèle à Rome est ma plus forte joie ; El j'altesle les dieux qu'en un si grand projet [jet. Tout mon cœur est pourelle, et n'a point d'autre ob-
FLAMINIUS
Après tant de vertus Rome serait ingrate Si vos feux n'obtenaient l'heureux prixqui les flatte. Qlevous l'abandonne; et quand, sans balancer. Elle fait plus pour vous que vous n'osiez penser. Oie a quelque sujet d'espérer qu'un beau zèle \m fera faire aussi quelque chose pour elle.
PRUSIAS
Lai devant tout, seigneur, qu'aurais-je à refuser?
PLAMINIUS.
Aiosi de votre main vous pouvez disposer.
Borne approuve l'ardeur dont votre âme est éprise,
LÎTrez-Dous Annibal, elle vous donne Élise.
PRUSUS.
Vous livrer Annibal I Ah! seigneur, voulez-vous Memetlre en butte aux dieux, m'attirer leur cour- Ceot serments d'une foi sacrée, inviolable, [roux? De tant de trahison me laissent-ils capable? Souffrent-ils que mon cœur, ébloui de ses feux. Ose,..
FLÀMINIUS.
Hé quoi, Prusias, vous êtes scrupuleux?
Apprenez, apprenez, pour solide maxime, Qae qui sert le sénat ne peut faire de crime'; Et que de mille horreurs un forfait revêtu, Oaaud il est fait pour lui, doit passer pour vertu, Qoe partout cette gloire est la seule qu'on prise.
PRUSUS.
Et par où cependant gagner le cœur d'Élise ? Meltre en votre pouvoir ce cpi'elle a de plus cher, Sera-ce le moyen ,|;seigneur, de la toucher? Obtiendrai-je par là que son amour s'explique ?
PLAMINIUS.
C'est ne voir guère loin pour un grand politique. Sans livrer Annibal laissez-nous l'enlever, Eaioyez après nous comme pour le sauver, Rate Élise ensuite, armez pour son offense, Etrecefcz sa main pour prix de sa vengeance.
PRUSIAS
^tresde tant de rois, soumis, obéissants, [sants? ^gncz-vous d'un vieillard les destins impuis-
FLAtflNIQS.
Quoi ! Nous vous laisserons au pouvoir d'une femme, Dontla haine, à son gré, saura tourner votre âme?
Si cet hymen vous porte à soupçonner ma foi, N'aurez-vous pas mon fils qui répondra de moi ? Vous en puis-je donner un gage plus sincère?
FLAMINIUS
Non, si c'était un fils que vous vissiez en père; Mais ce fils aime Élise, et vos transports jaloux Le livrent aux Romains moins pour eux que pour
[vous.
J'ai les yeux bien ouverts, et, sans vous en rien dire, Je vois depuis longtemps à quoi votre âme aspire. Ainsi, dans votre cour, gardez votre rival, Nous vous rendons le prince, il nous faut Annibal. Ce n'est qu'à ce prix seul que l'on obtient Élise.
PRUSIAS
Me souiller par l'horreur d'une telle entreprise?
FLAMINIUS
Ces scrupules sont beaux, mais craignez que pour Attale plus zélé n'en ait pas tant que vous; [nous Il aime, et vos refus obligeront sa flamme.
PRUSIAS
Attale, quoiqu'il aime, a trop de fierté d*âme ; Etbienloinquepourluilecrimeaitquelqueappas...
FLAMIMIDS.
Son esprit m'est connu, ne vous y fiez pas; Je ne vous ai que trop observés l'un et l'autre. Son pouvoir en ce lieu se trouve égal au vôtre. Pareil nombre l'escorte ; et, pour ce grand dessein. Je voulais votre bras, j'emprunterai sa main. Rome après, entre vous, fera la différence.
PRUSUS.
Adieu, seigneur, je vois Procule qui s'avance,
Consultez avec lui si mon zèle et ma foi
Ne peuvent mériter que l'on me traite en roi.