‹ Théatre completChapitre 971 sur 1461 · LA COMTESSE D'ORGUEIL, ACTE I, SCÈNE VU · texte numérisé non relu

LA COMTESSE D'ORGUEIL, ACTE I, SCÈNE VU

OLYMPE

Moi, mariée ?

VIRGINE

Oui, VOUS. Quel malheur à souffrir !

M'en voici hors d'haleine à force d'accourir. Pour prix d'une nouvelle à mes désirs si chère, Daignez faire ma paix avecque votre père, Faudra-l-il que de lui je me cache toujours ?

Ne t'inquiète point, encor deux ou trois jours, Son chagrin passera, j'en réponds.

LUGUECE.

Mais, Virgine, Apprends-nous quel époux mon oncle lui destine?

VIRGlNE.

Un marquis si charmé, dit-il, de ses appas. Qu'il se f)endra demain s'il ne l'épouse pas. Le marquis de Lorgaac.

OLYMPE

Quoi, j'en serais aimée?

VlRGINE.

De votre cabinet où j'étais enfermée, Jfe viens d'entendre tout ; sur mon âme il dit d'or. Vos attraits sont pour lui le plus riche trésor. Le bonhomme se rend aux désirs qui le pressent, Et, de l'heure qu'il est, les articles se dressent.

OLYMPE

Sansi m'avoir consultée?

VIRGINE

Hé, pour se marier.

Est-il fille aujourd'hui qui se fasse prier ? Etpuis, quand il s'agit du'grand nom de marquise...

OLYMPE

Fortbien,chez moi pourtant Tespritseulestde mise; El de quelque haut raugque l'on me pût flatter. Un sotqui m'en voudrait n'aurait qu'à décompter.

OHONTE.

Je crains donc bien qu'ici le marquis ne décompte. Il donnelieusanscesseà quelque nouveau compte; Et, sur ce qu'on en dit, ce n'est pas son défaut Que d'avoir eu jamais plus d'esprit qu'il ne faut ; Il croit charmer partout, fait le beau, Tagréable.

LUCRECE

Que vous me faites peur I

ORONTB.

Brusque, dit-on , en diable.

OLYMPE

Voilà ce qu'il me faut.

VlRGUiB.

Moquez-vous du dit-on.

Voulez-vous un époux sage comme un Caton, Qui prétend, en vertu de sa grave figure, Qu'on marche par compas, et parle par mesure?

LUCRÈCE

Virgine al'humeur gaie, et pense que...

VlRGINE.

Ma foi, lUen d'autres là-dessus peuseraient comme moi. Pour devenir marquise il n'est esprit qui tienne,

Le litre en platt toujours, de quelque part qu'il

[vienne; Et d'ailleurs, quelquefois, s'il faut trancher le mol. Il est avantageux d'être femme d'un sot : Excuse, adresse, fourbe, il n'est rien qu'il ne croie, Quoi qu'on fasse, il ne voit que ce qu'on veut quil Et se laissant mener au besoin par le nez... [voie;

OLYMPE. [m,

C'est par où se prendraient des esprits mal tour- Mais quand la vertu seule a pouvoir sur une âme...

VlRGINE.

D'accord, c'est fort bien fait que d'être hoDoétefeoi' Mais Dieu veuille du trop préserver tous maris, [me.

LUCRÈCE

Laissons là cette folle, et venons au marquis. Le connaissez-vous?

OBONTE.

Non, mais je connais son frère, Qui, s'il était plus riche, aurait bien de quoi plaire, II a l'air si galant et si particulier, Qu'on ne peut...

OLYMPE

Vous voulez parler du chevalier?

ORONTE

De lui-même.

OLYMPE

A sa mine on connaît sa naissiiioe; Mais l'efTet répond mal souvent à l'apparence, L'air ne fait pas l'esprit et je douterais fort Que le sien fût de ceux...

OBONTE.

Ah ! c'est lui faire tort D'où vient qu'à ce soupçon votre cœur s'abandonnet

OLYMPE

C'est un secret qu'encor je n'ai dit à persoune. Depuis plus de deux mois en cherchant à me Toir, Ce brave chevalier a paru m'en vouloir. Au palais pour emplette, au temple, dans la me, Je le trouve partout, partout il me salue; Mais, quoi qu'il ait eu lieu cent fois de m'aborder. Il n'a jamais plus fait que de me regarder. Jugez si c'est à tort que je le crois stupide.

ORONTE

Un excès de respect l'a pu rendre timide; Et je vous plaindrais peu pour l'hymen arrêté, Si le marquis avait même stupidité.

OLYMPE. [dites,

Quoi qu'on ait fait sans moi, s'il est tel que tous La puissance d'un père a ses bornes prescrites; Et, par précaution, avant que m'engager. Lui parlant en secret, je prétends en juger.

LUCRÈCE

En secret? Et comment?

OLYMPE

Ce soir par ma fenélre.

VIRGINB.

Un premier entretien vous le fera connaître; Et si pour son début il n'a tous mots exquis, Madame, vous voulez refuser an marquis?

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