CAROLINE, HENRI
CAROLINE
Quel bon hasard vous amène, mon cher Henri ?
Je croyais que les affaires de la chancellerie prenaient toute votre matinée.
HENRI
Il est vrai, madame; mais dans la journée vous faites des visites, le soir vous avez toujours du monde. Le moyen de vous parler ?
CAROLINE
Hier cependant nous étions seuls, ou c’est tout comme. Je n'avais avec moi que ma cousine; et une personne qui n'y voit pas ne doit pas vous effrayer beaucoup.
HENRI
N'importe, je n’ai pas osé. L'affaire dont je veux
vous entretenir est si difficile à aborder.
4 VALÉRIE
CAROLINE
Je vous devine. Vous allez me parler de l’état de ma fortune. Je connais, mon cher Henri, votre raison , l'étendue de vos lumières, la tendre amitié qui nous unit dès l’enfance. Je déclare d'avance que tous vos conseils sont excellens ; mais je n'en suivrai pas un seul.
HENRI
Du tout, madame; ce n’est pas là le sujet qui
m’amène. Je ne viens pas pour vous parler raison. CAROLINE.
Ah ! que vous êtes aimable! C'est peut-être une
confidence que vous aviez à me faire ?
HENRI
Justement !
CAROLINE
Avez-vous du temps ? êtes-vous pressé ? C’est que j'ai aussi un secret; et à qui pourrais-je le confier, si ce n’est à mon meilleur ami? Vous ne savez pas, je vais me marier.
HENRI
Ah ! mon Dieu ! Depuis quand avez-vous pris cette résolution ?
CAROLINE
Depuis ce matin, je crois.
HENRI, à part.
Allons, j'ai eu tort de ne pas me déclarer plus tôt. (Haut.) Après un secret comme celui-là, le mien n’aurait plus rien d'intéressant. Nous en causerons une autre fois.