‹ Theatre Complet. Tome 9 Valerie Seconde EditionChapitre 2 sur 306 · ACTE 1, SCÈNE LL · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE LL

CAROLINE

Eh ! mais, qu’avez-vous donc ?

HENRI

Rien; je vous écoute. Parlons de vous, de votre bonheur.

CAROLINE

Vous savez que Je suis veuve, et que M. Blumfeld, mon mari, m'avait laissé six mille florins de rente; ce qui était fort bien à lui, sans un maudit procès qui s’est élevé au sujet de sa succession.

HENRI

Un procès détestable, que vous ne pouvez manquer de perdre, et qui doit vous ruiner.

CAROLINE

Vous croyez ?

HENRI

Oui , madame.

CAROLINE

C'est ce qu'ils disent tous, et pourtant il n'aurait tenu qu’à moi de le gagner. Ce vieux conseiller, le plus obstiné des hommes, contre lequel je plaidais, et qui voulait absolument m'épouser…

HENRI

Heureusement qu'il est mort.

CAROLINE

C’est égal ; il n’y a pas idée d’un entêtement pareil. Imaginez-vous qu'il a un neveu, le jeune comte de Halzbourg , dont vous avez entendu parler.

HENRI

Je ne crois pas.

6 VALERIE.

CAROLINE

Il était le cadet d’une famille nombreuse: et comme il n’avait pas de fortune à espérer, on voulait le faire entrer dans les ordres; vous vous rappelez, maintenant. C’est lui qui, il y a trois ans, disparut subitement sans que l’on püût savoir ce qu'il était devenu.

HENRI

Oui; j'ai de tout cela quelque idée confuse.

CAROLINE

Eh bien, monsieur, pendant cet espace de temps, il a successivement perdu deux frères, et je ne sais combien de cousins; de sorte qu'il est maintenant riche à millions ; et, en outre, c’est encore à lui que revient, dans ce moment, toute la succession de mon vieux conseiller, à la charge par lui... écoutez bien cette clause du testament, à la charge par lui de terminer ce procès en m'épousant. C’est ce que m'a appris ce matin mon homme d’affaires, et c’est làdessus que je voulais vous consulter. Quel parti me conseillez-vous de prendre ?

HENRI

Eh mais ! d’après les premiers mots de votre conversalion , il me semble que vous êtes décidée.

CAROLINE

Jusqu'à un certain point. On dit beaucoup de bien du comte de Halzhourg; mais peut-être n’est-il pas le mari qui me conviendrait. Je connais très-bien

tous mes défauts : je suis vive, impatiente, étourdie;

% ACTE I, SCENE LI. 7 3 < ,* : f ?

c'est pour cela qu’il me faudrait pour époux quelqu'un de calme, de raisonnable; enfin, cela va vous faire rire, quelqu'un de votre caractère... si vous m’aimiez, bien entendu.

HENRI

Comment , madame, il serait possible ?

CAROLINE

Après cela, il se peut que le comte de Halzhourg réunisse ces qualités; et bien décidément je l’épouserai peut-être, non pas pour moi, mais pour ceux qui m’entourent, et dont il me serait si doux de faire le bonheur ! Ma cousine, surtout; cette chère Valérie, si aimable, si intéressante! Pauvres toutes les deux, il faudra nous séparer ! Riche, je ne la quitterai plus; je l’entourerai de tous les soins que son état réclame. Il est si triste d’être privée de la vue! Seule au milieu du monde , morte à tous les plaisirs, chercher sans cesse son amie, et même auprès d’elle vivre dans labsence: autant mourir tout-à-fait! Moi , d’abord, je ne pourrais pas exister ainsi.

HENRI

Vous, sans doute ! Mais Valérie, qui depuis l’âge de trois où quatre ans est privée de la lumière, ne peut regretter des plaisirs dont elle n’a aucune idée, et bien certainement...

8 VALÉRIE

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