ACTE IV, SCÈNE V
sont engagés, et je ne puis venir à ton secours... il faut alors partir ce soir même.
POLIGNI.
Et pourquoi ?
DORBEVAL.
Parce que c’est samedi, que tu as devant toi la journée de dimanche, et que lundi tu seras en Bel-
gique. ,
POLIGNI.
Mais c’est une faillite que tu me proposes!
DORBEVAL.
Quand il y a force majeure, quand on doit cinquante à soixante mille écus, et qu’on n’a rien pour les payer.
POLIGNI.
Grand Dieu ! Perdu de réputation ! (Jetant les yeux sux sa boutonnière.) Indigne de porter ce signe de l’honneur | Et Olivier! ses économies qu’il m’a confiées, et que je n’ai plus! Voilà donc où m'ont conduit le désir des richesses, ma cupidité, l’ambition ! Mon ami, je n’y survivrai pas.
DORBEVAL.
Y penses-tu?
POLIGNI.
Oui, je me tuerai.
DORBEVAL.
Beau moyen pour payer ses dettes! Mais qu'as-tu à te désoler, à te désespérer? où est la nécessité de prendre des partis extrêmes ? Reviens à toi un instant, réfléchis avec calme et sang-froid ,examine un peu ta
position : elle est superbe! Tu épouses ma pupille, tn touches ce soir, en signant le contrat, cinq cent mille francs comptant que je remets entre tes mains; tu t'acquittes envers Olivier; tu paies à Lajaunais la plus grande partie de ta charge; le temps et tes bénéfices feront le reste: demain, après-demain nos trois pour cent remontent; nous réalisons, et te voilà millionnaire! Tandis que de l’autre côté, errant, fugitif, forcé de t'expatrier, exposant un nom honorable aux reproches, au mépris...
POLIGNI.
Jamais. Laisse-moi, je ne veux plus t’'écouter, et madame de Brienne | DORBEVAL.
Dis-lui la vérité; veux-tu que je m'en charge? POLIGNI.
Non, non, ne t'en mêle pas; ne t'en mêle plus: moi-même, tu le vois, je ne sais que faire, que résoudre; par grâce, laisse-moi quelques instans de ré-
flexion, et après cela, je te le jure , ma résolution sera irrévocable.
DORBEVAL, froidement.
Je te laisse: mais songe qu'il faut te décider, et que tu n'as plus qu'un moment. Adieu.
(A sort par Le grand salon )