ACTE IV, SCÈNE IX
MADAME DE BRIENNE
Qu'est-ce donc ? vous me faites frémir. Achevez...
POLIGNI , à part.
Allous ! pour mon bonbeur, ayons le courage de la tromper.
MADAME DE BRIENNE
Eh bien !
Eh bien ! ce matin à votre arrivée, mon trouble, mon embarras, ces combats intérieurs, ces tourmens que je n'ai pu vous cacher, tout doit vous dire assez qu’en proie aux regrets et aux remords, me rappelant mes sermens et votre amour, m’accusant moi« même, je lutte en vain contre un sentiment qu'il n’a pasété en mon pouvoir ni d'empêcher, ni de vaincre.
MADAME DE BRIENNE
O ciel! vous en aimez une autre !
POLIGNI , hésitant.
Oui , madame.
MADAME DE BRIENNE , prête à se trouver mal.
Ah! je me meurs !
POLIGSI , courant à elle pour la soutenir.
Amélie !
MADAME DE BRIENNE , revenant ä elle.
Qu’avez-vous ? je ne me plains pas, je ne vous en veux pas; est-ce moi qui vous accuse ?
POLIGNI.
Ah! c’est moi-même, c’est mon propre cœur qui
vous chérit encore plus que je n'ose le dire !
MADAME DE BRIENNE
Je le crois... (Avec tendresse.) MOI je vous aimais tant ! (Froïdement.) Mais pendant mon absence, une autre a su vous plaire, cela ne dépendait pas de vous, vous n’avez pas voulu me tromper, vous avez agi en honnête homme, et je vous en remercie.
POLIGNI, prêt à se trahir.
Ah ! si vous saviez |
MADAME DE BRIENNE
Plus tard peut-être je pourrai vous entendre ; mais dans ce moment, je ne veux rien savoir. rien. que son nom; par pitié, dites-le-moi.
u POLIGNI.
C’est une personne... qu'ici même, je crois, vous
avez déjà vue: la pupille de Dorbeval.
MADAME DE BRIENNE
O ciel! c’est Hermance ! un pareil choix. Pardon; j'ai tellement l'habitude de m'occuper de vous, qu’il me semble que votre bonheur m’appartient encore, et je pensais que son caractère.
POLIGNI.
Il se peut, en effet, que son caractère... mais je l'aime.
MADAME DE BRIENNE-
Ah ! vous dites vrai, voilà qui répond à tout ! On ne ralsonne pas avec son cœur , et ce matin encore, pour vous, j'ai rendu bien malheureux un honnête homme qui, plus que vous, méritait mon amour. Pauvre Olivier ! le voilà vengé de mon injustice | mais
je ne croyais pas que ce fût à vous de m'en punir.