ACTE IV, SCÈNE XL
pleure, je le regrette encore ! Qu’allez-vous penser de moi ? n'allez-vous pas bien me mépriser ?
Moi!
MADAME DE BRIENNE
Ne me condamnez pas cependant; le courage et la fierté me reviendront. Je l'oublierai, je vous le promets, Je vous le jure; mais dans le premier moment, il est des sentimens dont le cœur n’est pas maître, dont on a honte, dont on rougit plus tard, et dans ce moment-là, on a besoin d’être seule, (Le retenant par la main.) OU AVeC un ami; c’est ce que je voulais dire ! Oui déjà je me sens mieux, je suis plus calme, plus tranquille; aidez-moi de vos avis, de vos conseils, et d’abord, je vous en prie, qu’il n’en soit plus question entre nous.
OLIVIER
Oui , vous avez raison.
MADAME DE BRIENNE
Il en aime une autre ! il veut l’épouser | OLIVIER.
L’épouser ! et qui donc ?
MADAME DE BRIENNE
La pupille de Dorbeval.
OLIVIER
Hermance ! il se pourrait ! qui vous Pa dit ? MADAME DE BRIENNE.
Lui-même.
OLIVIER
Rassurez-vous ? ce mariage ne se fera pas.
MADAME DE BRIENNE
Que dites-vous ? et comment ? et qui pourrait l’em-
pêcher ?
OLIVIER , avec chaleur.
Moi, qui suis votre ami, moi, dont le devoir est de vous consoler, de vous secourir! moi qui veux votre bonheur aux dépens même du mien!
MADAME DE BRIENNE
Olivier !
OLIVIER
Il ne s’agit pas de moi, mais de vous! il faut rompre cet hymen, et j'en ai les moyens ! Si vous saviez avec quelle légèreté, quelle coquetterie !.… Mais ne restons point dans ces salons, où la foule va se rendre. Venez, vous saurez tout, vous déciderez vous-même , vous parlerez à Poligni; et, après cela, jose le croire , il renoncera à ce mariage.
MADAME DE BRIENNE
O le meilleur des amis! que vous êtes bon! que
vous êtes généreux | OLIVIER.
Non, je ne suis pas généreux, mais je vous aime, je ne vis que par vous, je souffre de vos chagrins, et les adoucir, c’est diminuer les miens! venez, madame; quittons ces lieux.
(IL rentre avec madame de Brienne dans son sppartemeut.)