‹ Theatre Complet. Tome 9 Valerie Seconde EditionChapitre 110 sur 306 · SALON · texte numérisé non relu

SALON

DORBEVAL.

La bonne chose qu’un diner! surtout ceux d’à présent ! et quelle sublime, quelle admirable invention que celle du vin de Champagne | POLIGNI, froidement.

Oui, cela égaie, cela étourdit, cela fait tout oublier.

DORBEVAL.

Mais j'ai des complimens à te faire ; tu étais charmant auprès d'Hermance; tendre, galant, empressé. Est-ce que, par hasard , tu en serais amoureux ?

POLIGNI.

Eh ! morbleu ! il le faut bien, j'y suis forcé. Veuxtu que l’on croie que je ne l’épouse que pour sa dot ? Dans la position où je suis, aux yeux du monde, il n’y à qu'une grande passion qui puisse me justifier, et je m’essayais. Aussi j'avais besoin de respirer; si tu savais comme c’est terrible un amour d'obligation |

DORBEVAL.

Eb! mon Dieu ! tu t’y feras; le mariage en lui-mème u’est pas autre chose, et ce n’est pas parce que ta femme est riche que tu feras plus mauvais ménage. Il y a dans le monde une foule de préjugés bourgeois contre la fortune et même contre la beauté! Une jeune personne est-elle riche ? ah l'elle aura un mauvais caractère ; est-elle jolie ! elle sera coquette. Eh bien ! moi, je connais des femmes laides qui n'avaient rien, et qui font enrager leurs maris; qui ne leur apportent dans leur ménage que des chagrins. Si elles avaient apporté une dot, la dot serait là ; c’est une indemnité; car la fortune ne gâte rien et répare bien des choses. Je t’engage donc à prendre la tienne en patience, à {’y résigner, et à continuer ton système de passion, si cela te convient, si cela t'arrange.

POLIGNI.

Oui certainement. Il faut que mes amis, il faut que tout le monde me croie heureux; il y va de mon honneur. Mais ce qui m'inquiète, c’est ce soir, dans ton salon , ce contrat de mariage. Quand devant tout le monde on lira les articles, quand on connaîtra mon peu de fortune et la dot d’'Hermance, qu'est-ce qu'on va dire ? et puis, je crains qu’elle n’y soit.

DORBEVAL.

Qui donc ?

POLIGNI.

Madame de Brienne ! Grâce au ciel, elle a refusé d'assister à ce dîner; aussi, tu as vu comme j'y étais bien, comme J'étais à mon aise ! Mais elle doit venir

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