‹ Theatre Complet. Tome 9 Valerie Seconde EditionChapitre 114 sur 306 · ACTE V, SCÈNE Il · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE Il

encore ; de la considération, du crédit, le bonheur de recevoir mes amis; car vous viendrez tous! quelle ivresse ! quelle suite de plaisirs ! Nous n’aurons pes le temps de réfléchir, et déjà, d’avance, je ne puiste dire à quel point je suis heureux !

C’est singulier, cela n’en a pas l'air; le bonheur a un aspect plus tranquille. Mais cet amour pour Hermance t'est donc venu bien subitement ?

POLIGNI.

Non, mon ami, je l'aimais et depuis long-temps, mais sans oser l’avouer à personne, parce que la disproportion de nos fortunes. la sienne qui est superbe, songe donc : cinq cent mille francs de dot !.…. on aurait pu croire... etjamais je ne me serais déclaré, sans Dorbeval , qui s’est aperçu de notre amour, qui l’approuve, qui consent à nous urir, et je lui dois ma fortune, mon bonheur, une jeune personnecharmante, qui joint aux traits les plus séduisans le caractère

le plus heureux OLIVIER.

Le caractère ! le caractère ! Il y a quelque temps cependant , tu me parlais de sa légèreté, de sa futilité.

POLIGNI , embarrassé,

Hein ! Je ne dis pas non , mais cela ne messied pas

à une femme; j'aime mieux qu’elle soit futile que être pédante; et quand on réunit, comme elle, les qualités de l'esprit et du cœur. |

, OLIVIER

Pour ce qui est de ses qualités, je t’ai entendu toimême te plaindre de son humeur, de sa coquetterie.

Sa coquetterie ! eh ! mais pas tant; je ne vois pas cela. Je te jure, mon ami, que tu t’abuses sur son compte, ou que tu as des préventions contre elle.

OLIVIER

M'en préserve le ciel ! Moi, ce que j'en dis, c’est pour toi; et, si les avis, les conseils d’un ami peuvent t’'éclairer…

POLIGNI.

Des avis ! des conseils ! Je n’en veux pas, je ne veux rien écouter. Si quelque 1Husion, si quelque erreur m'abuse, qu'on se garde de la disiper, qu’on me la laisse tout entière; je m'y plai$, je veux y rester.

OLIVIER

Mais si l’on te prouvait à toi-même que ce mariage ne te convient pas.

POLIGNI, hors de lui.

Ce mariage | rien ne peut le rompre; il faut qu'il ait lieu. Sais-tu que maintenant c’est mon seul espoir ? sais-tu que, s’il venait à manquer, ce serait fait de moi, de mon honneur, de ma vie, et que je n’aurais plus qu'à me brüler la cervelle ?

OLIVIER

Y penses-tu ? c'est du délire, de la passion; tu l’'aimes donc avec excès ?

POLIGNI , avec un sourire amer.

L’aimer... moi, l’aimer! crois-tu donc que la fata-

ACTE V, SCÈNE Hl. 193 lité qui me poursuit m'ait ôté le sens, le jugement, ait assez fasciné mes yeux pour me cacher la nullité de son esprit, la sécheresse de son cœur, la vanité, seul mobile de ses actions? Crois-tu que, tout à l’heure encore, Je ne l’aie pas vue, dans le salon, entourée d’une foule de jeunes fats, dont son sourire sollicitait les hommages ?

OLIVIER

Et tu l'as souffert?

POLIGNI.

Et que m'importe à moi!

OLIVIER

Qu’entends-je?

POLIGNI.

Je t'en ai trop dit pour te rien cacher. Aussi bien, je suis trop malheureux, et j’ai besoin d’un ami à qui confier mes peines. Oui, sans ce mariage, je suis perdu, déshonoré, obligé de fuir: à toi-même, je t’enlève le fruit de tes travaux!

OLIVIER

Qu'importe ! sois heureux !

POLIGNI.

Je ne le puis : je dois six cent mille francs! OLIVIER.

Grand Dieu !

POLIGNI.

Et je ne te parle pas de mes inquiétudes, de mes craintes , de mes tourmens: voilà ce qui m'en coûte

pour être agent de change.

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