ACTE II, SCÈNE IL 213 BLUM
J'étais là, dans ma cuisine, Un ménage de garçon,
vous savez. Est-ce que vous avez eu froid? Est-ce que vous êtes enrhumée ?
BRIGITTE
Non pas, j'ai été si vite; jai toutes mes provisions pour le souper, et nous ferons un repas charmant. J'ai d'excellente choucroûte, un gâteau de pommes de terre, et une oie grasse que j'ai prise chez le rôtisseur. Et, pour tout cela, je n'ai pas été trop long-temps, car je n’ai pris que le temps de marchander et de leur raconter à-tous l’histoire de notre mariage.
Ah mon Dieu ! est-ce que vous avez parlé des huit cents florins, et de la manière dont il nous sont arrivés ?
BRIGITTE
Sans doute.
Arr du ballet des Pierrots. +
J' n’y tnais plus, j'avou’ ma faiblesse ; 11 m'a fallu par maint déteur
Si long-temps cacher ma tendresse,
Et garder pour moi mon amour!
Aussi, me vengeant à la ronde
De cinq ans d’ silence assidu,
J'en parle, parle à tout | monde
Pour réparer le temps perdu.
BLUM
Hé bien! ma chère amie, je vous dirai que vous
auriez dû... non pas que vous ayez mal fait; mais dorénavant , autant que possible, il faudra tächer de vous taire.
BRIGITTE
Comment, monsieur ?
Pardon! ça m'est échappé. Je ne dis pas cela pou: moi; car lorsque nous sommes ensemble, vous savez bien, chère amie, que vous parleriez toute la journée. comme ça vous arrive quelquefois , que ça me serait tout-à-fait égal, dans ce moment-ci, surtout , où je n’écoute pas... parce que Île trouble, l’émotion.…
BRIGITTE
Hé bien! c’est comme moi; tout à l’heure, en frappant à votre porte, j'étais toute tremblante; car, voyez-vous, M. Bluni…. (L'entrainant au côté au cabinet) je vous dis cela, parce que nous devons être mariés, et que nous sommes seuls ici:
BLUM , regardant le cabinet.
Ca se trouve bien.
BRIGITTE
Mais ce moment que j'éloignais et que j'avais l'air de craindre... (Baissant les yeux.) je le désirais autant que vous. x BLUM , s’avançant pour l’emhrasser.
Il serait vrai ! (s’arrétant tout à coup.) Dieux ! que c'est gênant un tête-à-tête où l’on est trois.
BRIGITTE , étonnée de ce qu’il s’arrête.
Hé bien ! qu’avez-vous?