SCENE VF
Moins que vous ne le CrOYEZ. ( A voix basse.) Et-vousmême, si vous voulez, vous pouvez m'être utile, me seconder.
MADAME PRESTO
Moi, monsieur !
M. DE NOIRMONT
Silence. Il ÿ a ici, dans cet hôtel, un homme puissant, un grand personnage, un ministre, en un mot. MADAME PRESTO.
Que me dites-vous là ?
M. DE NOIRMONT
C’est moi qui l’ai amené dans votre hôtel.
MADAME PRESTO
Je logerais une excellence !
M. DE NOIRMONT
Je lai rencontré hier à Fontainebleau, où sa voiture venait de se briser. Il pressait les ouvriers, disant qu’il était attendu à Paris ; et, se promenant avec impatience, il laissait échapper les mots de Conseil de ministres, projets de lot, portefeuille. Ces paroles mystérieuses, ce regard bienveillant, cet air de dignité, tout en lui me surprit, m'imposa. Je me hasardai à lui offrir dans ma chaise de poste une place, qu'il a daigné accepter; et, tout en roulant, il m'a avoué Jui-même qu’on le rappelait de sa campagne pour lui confier un portefeuille.
MADAME PRESTO
Lequel ?
C'est ce que j'ignore; car il parlait à la fois de finances, de la guerre, de la marine, et il se pourrait qu’il fût honoré de la présidence.
MADAME PRESTO
Bonté de Dieu !
M. DE NOIRMONT
Silence, il est là, dans cette chambre, n° 54. MADAME PRESTO.
Et vous l’avez amené dans mon hôtel ?
M. DE NOIRMONT
Il n’en connaissait point, et je lui ai indiqué celui-ci. MADAME PRESTO.
Quelle reconnaissance |
M. DE NOIRMONT
Il ne tient qu’à vous de me la prouver. Autant que j'ai pu en juger, (Élevant la voix en se tournant du côté de la chambre de M. de Berke.) C’est un homme intègre, impartial, qui vient ici avec des idées de justice et d'économie.
MADAME PRESTO
Croyez-vous qu'il reste long-temps ?
M. DE NOIRMONT
Ah !.… raison de plus pour se hâter. Mais vous sentez bien qu'avec un pareil homme, je me suis bien gardé de rien demander , de parler de moi ou de mes services. D'abord, il n’est pas dans mon caractère de solliciter ou d’intriguer ; on sait ce que je vaux. Vous le savez, vous, madame Presto ?
MADAME PRESTO
Certainement.