SCÈNE VIll. 2099 JULIETTE
Un ministre dans la maison! moi qui n’en ai jamais Vu.
Ah! monseigneur ! votre excellence me pardonnerat-elle la liberté, la familiarité avec laquelle je vous ai parlé? Moi, d’abord, je dis tout ce que je pense.
M. DE BERLAC.
Il n’y a pas de mal. Qu'ils sont doux, qu'ils sont inappréciables les avantages de lincognito! Un ministre doit tout entendre et tout voir par lui-même; c’est le seul moyen de connaître la vérité et de faire des choix estimables. M. Presto sera cuisinier du miuistère, M. Dufour receveur des finances, et M. de Noirmont secrétaire-général. |
TOUS, s'inclinant.
Ah |! monseigneur !
M. DE BERLAC.
C’est bon; je n’exige rien, que votre estime, votre amitié, et une prise de tabac. En usez-vous ?
DUFOUR , lui donnant une tabatière d’or.
En voici, monseigneur.
M. DE BERLAC, prenant la tabalière.
C’est bien. (1 prend une prise et dit en révant:) Je suis fâché d’être ministre, à présent; si je n'étais pas ministre, je meserais fait nommer directeur-général des droits
réunis.
M. DE NOIRMONT, s’approchant.
Y pensez-vous ?
M. DE BERLAC. froidement
C’est agréable , on a toujours du bon tabac.
M. DE NOIRMONT
Votre excellence veut rire ? :
M. DE BERLAC.
Je ne ris jamais; mais je ne vous en empêche pas. Je veux que le peuple s'amuse, je veux qu’il rie , fûtce à mes dépens; cela vaut mieux que de le faire pieurer.
Are : Comme il m'aimait!
Je le permets; Ayez tous de l'indépendance :
Avocats, députés, préfets, Ayez ensemble desormais De lappétit, de l’éloquence, Et même un grain de conscience; Je le permets.
DEUXIÈME COUPLET
Je le permets; Qu'un journal soit incorruptible , Qu'un orateur parle francais, Que nos auteurs, dans leurs couplets, Aient de l'esprit, si c’est possible, Qu'un censeur même soi sensible ; Je le permets.
Les journaux sont-ils arrivés ? MADAME PRESTO , allant à gauche.
Ils sont en bas. Vite, petite fille, les journaux de monseigneur.
M. DE BERLAC.
Ne vous donnez pas la peine, je descendrai dans
SCENE VIIL 301 la salle des voyageurs les lire moi-même ; je ne suis pas fier. En même temps je prendrai mon café, et, de là, je merendrai au ministère pour m'y installer. (AM. de Noirmont) Vous m'y suivrez.
M. DE NOIRMONT,, s'’inclinant.
Monseigneur n’a pas d’autres ordres à me donner!
M. DE BERLAC
Si vraiment, cette note qu’il faut mettre au net ,.et envoyer au journal ministériel. Entrez là, dans la chambre. (ni 1e prend à part, et lui dit tout bas avec mystère.) Vous trouverez tout-ce qu'il faut pour écrire. M. de Noirmont, conduisez-vous bien. (Lui glissant la tabatière qu’il a reçue de M. Dufour.) Je ne m'en tiendrai pas là. (Mouvement de Dutour.) Adieu , mes enfans, adieu.
Arr: Au marché qui vient de s'ouvrir (de za Muerre ne Porricz.)
TOUS
Ah! monseigneur, ah ! monseigneur ! Je suis à vous de tout mon cœur.
MADAME PRESTO
Ii sera notre bienfaïiteur , Nous lui devrons notre bonheur.
JULIETTE
Il aurait bien mieux fait ici De m’ donner Gecrges pour mari.
M. DUFOUR
Quel talent, quelle profondeur !
Ah! quel grand administrateur !
M. DE NOfRMONT.
Celui-là fera, mes amis, Le bonheur de notre pays.
TOUS
Ah! monséigneur, ah ! monseigneur, Je suis bien voire serviteur.
Je suis à vous de tout mon cœur.
M. DE BERLAC.
Que je jouis de leur bonheur!..
Je suis à vous de tout mon cœur.
(M. de Berlac entre dans la chambre du fond à droite; madame Presto dans celle du foud à gauche ; M. Dufour sort par la porte du fond, et M. de Noirmont entre dans la chambre de M. de Berlac , n° 54.)