SCÈNE XVIL
M. DE BERLAC.
Vous êtes mécontens ? pourquoi cela ?... Je ne le .Suis pas, moi, parce que je suis philosophe, c’est-àdire destitué.
TOUS
Destitué !
M. DE BERLAC.
Oui, mes enfans, j'ai été nommé ; j'ai été ministre vingt-quatre heures; je ne le suis plus : cela peut arriver à tout le monde.
DUFOUR
Et ceux que vous avez nommés ? ceux que vous
avez placés ?
M. DE BERLAC.
Rassurez-vous ; ils partagent mon sort, ils partent
avec mol.
M. DE NOÏRMONT.
Partir ! partir ! comme c’est agréable ! Et qui vous priait de me nommer secrétaire-général ? Vous l’avais-je demandé ?
| DUFOUR
Et moi, avais-je besoin de votre recette? Quand on est indépendant par sa fortune et son caractère, on n’a que faire d'aller s’exposer. J'en perdrai peutêtre ma place au Mont-de-Piété.
MADAME PRESTO
Et moi qui ai refusé une affaire superbe, un bail que monsieur me proposait; Je me vois obligée de plaider; et c’est vous qui êtes cause de tout.
(Is se retirent tous #u fond du théâtre ; M. de Berlac est seul sur le devant,
Georges auprès de Jui. )
M. DE BERLAC.
Les ingrats! ils sont tous les mêmes. Allez, vils roseaux que courbait le vent de la faveur, relevez-" vous, le vent ne souffle plus; (à Georges.) et toi ? eh bien, tu restes là ? tu ne t'éloignes pas ?
GEORGES
Non, monseigneur; je suis courtisan du malheur, je lui suis fidèle.
M. DE BERLAC.
Ce n’est pas un roseau celui-là, c'est un chêne qui prend racine dans le terrain de la disgräce; je n’oublierai pas ton dévouement; et si Jamais je reviens aux grandeurs.
Je serai encore le même.
M. DE BERLAC.
Tu as raison, tu n’as besoin de rien; seul et unique de ton espèce, tu n’as qu’à te montrer pour de l’argent , et ta fortune est: faite, la mienne aussi; car je reviendrai aux honneurs: il me faut une place, j'emploierai mes amis ,mon crédit.