ACTE 1, SCÈNE IV
de province sont si mal composés. des jeunes gens
de si mauvais ton... et défendre un vieillard respec-
table qu’on insulte est une cause si belle... (A Maivina. )
je vous demanderai un peu de sucre... que j'ai été
trop heureux de venger vos cheveux blancs.
MALVINA
Et vous ressentez-vous encore de la blessure que votre adversaire vous a faite?
BARENTIN
Heureusement.
Arr de Turenne.
Oui, de ce bras je suis encor malade.
DUBREUIL
Et c’est celui, je crois m’en souvenir, Que vous m’offrez toujours en promenade.
BARENTIN
C’est vrai; mais fier d’un si doux souvenir, Chaque douleur est un plaisir.
MALVINA
A cet honneur il a droit de prétendre ; Votre vieillesse à lui doit se fier,
Et sans crainte peut s'appuyer
Sur le bras qui sut la défendre,
Sur le bras qui sait la défendre.
BARENTIN
Mademoiselle a raison : l’idée seule de votre amitié peut compenser les chagrins qui ont assailli le matin
de ma vie.
MARIE
À votre âge, déjà !
2 MALVINA
BARENTIN
Oui; jeune encore, j'ai appris le malheur; c'est même la seule chose que je sache complètement.
MALVINA
N’allez-vous pas lui rappeler de pareils souvenirs ! Monsieur nous avait promis de lire les journaux, et les nouvelles sont si intéressantes !
MARIE
Surtout quand on est à cent lieues de Paris.
Pour moi, depuis que les ennemis sont entrés en France, leur lecture me fait plus de mal que de bien. Je sais que la paix a été signée avec les monarques alliés, et que mon neveu Arved n’a été ni tué, ni blessé; je n’en demande pas davantage.
BARENTIN
Voici pourtant des documens, des détails historiques sur les affaires du mais dernier, entre autres, sur la bataille de Montereau.
MALVINA ; demandant le journal à Bareutin.
Ah! voyons. (Barentin lui donne de journal. Elle lit.) &« Un des régimens d'élite, vivement pressé par l’armée autrichienne, avait ordre de se retirer, et de faire sauter tous les ponts. Déjà les ennemis paraissaient sur l’autre rive, et, quoique le feu eût été mis, la mine ne partait pas eucore. On ordonne à un soldat d’y retourner, et, prêt à obéir à cet ordre périlleux , il s'arrête un instant. — « À quoi penses-tu ? lui crie le comte « Dubreuil, son coionel. —— A ma femme et à mes “ trois enfans. Adieu, mon colonel, je vous les recom-
ACTE I, SCÈNE IV. 425 « mande. — Tu as raison, s’écrie le comte Dubreuil «en l’arrêtant, donne-moi, je suis garçon ! » et saisissant la mèche enflammée, il s’élance sous une grêle de balles; et, quelques minutes après, le pont avait sauté.
MARIE
Et ce brave colonel, que lui est-il arrivé? en est-il revenu ?
MALVINA
On n’en dit rien ; mais, s’il a péri, je ne m'en consolerai jamais.
BARENTIN
Y pensez-vous?
MALVINA
Oui, monsieur; cela est si beau, si généreux. sur un trait pareil, j'adorerais le comte Dubreuil.
(Is se lèvent ; le domestique emporte le guéridon. )
L’adorer ? c’est un peu fort ; et je vous conseillerais de vous en tenir à l'admiration, ce qui est bien assez.
DÜBREUIL.
Mais attendez donc... Dubreuil.. il me semble que ce nom-là.… ce doit être un de nos parens.. il est vrai qu’excepté mon neveu Arved, ils sont tous dans le commerce.
MARIE
Et puis, le comte Dubreuil.. Vous savez bien qu'il
n’y a pas de noble dans notre famille.
426 MALVINA
DUBREUIL
Ats de Préville.
Eh! oui, c’est juste, et puis, au bout du compte, Notre famille, on le sait bien,
N'a pas besoin d’un baron, ni d'un comte ;
Mais un bon cœur, mais un homme de bien,
Un tel parent ne gâte jamais rien.
(Prenant le journal que lui donne Malvina. }
Fier de ce titre, où le courage brille, Avec orgueil, chez soi, dans sa maison, On le conserve, et c’est avec raison; Car ce sont là des papiers de famille Qui valent bien les titres d'un baron.
(Il rend le journal à Marie.)
BARENTIN, passant auprès de Dubreuil.
Je suis tout-à-fait de votre avis; car j'ai beaucoup connu le comte Dubreuil autrefois, quand j'étais à l'armée.
MARIE
Monsieur a été militaire ?
BARENTIN
Oui, mademoiselle, nous étions frères d'armes.
( Dubreuil va s'asseoir sur un fauteuil à gauche, et parcourt quelques
lettres. } MALVINA.
Il serait vrar ! | BARENTIN.
Partageant les mêmes périls, logeant sous la même tente.
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