‹ Theatre Complet. Tome 9 Valerie Seconde EditionChapitre 261 sur 306 · ACTE 1, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE IV

de province sont si mal composés. des jeunes gens

de si mauvais ton... et défendre un vieillard respec-

table qu’on insulte est une cause si belle... (A Maivina. )

je vous demanderai un peu de sucre... que j'ai été

trop heureux de venger vos cheveux blancs.

MALVINA

Et vous ressentez-vous encore de la blessure que votre adversaire vous a faite?

BARENTIN

Heureusement.

Arr de Turenne.

Oui, de ce bras je suis encor malade.

DUBREUIL

Et c’est celui, je crois m’en souvenir, Que vous m’offrez toujours en promenade.

BARENTIN

C’est vrai; mais fier d’un si doux souvenir, Chaque douleur est un plaisir.

MALVINA

A cet honneur il a droit de prétendre ; Votre vieillesse à lui doit se fier,

Et sans crainte peut s'appuyer

Sur le bras qui sut la défendre,

Sur le bras qui sait la défendre.

BARENTIN

Mademoiselle a raison : l’idée seule de votre amitié peut compenser les chagrins qui ont assailli le matin

de ma vie.

MARIE

À votre âge, déjà !

2 MALVINA

BARENTIN

Oui; jeune encore, j'ai appris le malheur; c'est même la seule chose que je sache complètement.

MALVINA

N’allez-vous pas lui rappeler de pareils souvenirs ! Monsieur nous avait promis de lire les journaux, et les nouvelles sont si intéressantes !

MARIE

Surtout quand on est à cent lieues de Paris.

Pour moi, depuis que les ennemis sont entrés en France, leur lecture me fait plus de mal que de bien. Je sais que la paix a été signée avec les monarques alliés, et que mon neveu Arved n’a été ni tué, ni blessé; je n’en demande pas davantage.

BARENTIN

Voici pourtant des documens, des détails historiques sur les affaires du mais dernier, entre autres, sur la bataille de Montereau.

MALVINA ; demandant le journal à Bareutin.

Ah! voyons. (Barentin lui donne de journal. Elle lit.) &« Un des régimens d'élite, vivement pressé par l’armée autrichienne, avait ordre de se retirer, et de faire sauter tous les ponts. Déjà les ennemis paraissaient sur l’autre rive, et, quoique le feu eût été mis, la mine ne partait pas eucore. On ordonne à un soldat d’y retourner, et, prêt à obéir à cet ordre périlleux , il s'arrête un instant. — « À quoi penses-tu ? lui crie le comte « Dubreuil, son coionel. —— A ma femme et à mes “ trois enfans. Adieu, mon colonel, je vous les recom-

ACTE I, SCÈNE IV. 425 « mande. — Tu as raison, s’écrie le comte Dubreuil «en l’arrêtant, donne-moi, je suis garçon ! » et saisissant la mèche enflammée, il s’élance sous une grêle de balles; et, quelques minutes après, le pont avait sauté.

MARIE

Et ce brave colonel, que lui est-il arrivé? en est-il revenu ?

MALVINA

On n’en dit rien ; mais, s’il a péri, je ne m'en consolerai jamais.

BARENTIN

Y pensez-vous?

MALVINA

Oui, monsieur; cela est si beau, si généreux. sur un trait pareil, j'adorerais le comte Dubreuil.

(Is se lèvent ; le domestique emporte le guéridon. )

L’adorer ? c’est un peu fort ; et je vous conseillerais de vous en tenir à l'admiration, ce qui est bien assez.

DÜBREUIL.

Mais attendez donc... Dubreuil.. il me semble que ce nom-là.… ce doit être un de nos parens.. il est vrai qu’excepté mon neveu Arved, ils sont tous dans le commerce.

MARIE

Et puis, le comte Dubreuil.. Vous savez bien qu'il

n’y a pas de noble dans notre famille.

426 MALVINA

DUBREUIL

Ats de Préville.

Eh! oui, c’est juste, et puis, au bout du compte, Notre famille, on le sait bien,

N'a pas besoin d’un baron, ni d'un comte ;

Mais un bon cœur, mais un homme de bien,

Un tel parent ne gâte jamais rien.

(Prenant le journal que lui donne Malvina. }

Fier de ce titre, où le courage brille, Avec orgueil, chez soi, dans sa maison, On le conserve, et c’est avec raison; Car ce sont là des papiers de famille Qui valent bien les titres d'un baron.

(Il rend le journal à Marie.)

BARENTIN, passant auprès de Dubreuil.

Je suis tout-à-fait de votre avis; car j'ai beaucoup connu le comte Dubreuil autrefois, quand j'étais à l'armée.

MARIE

Monsieur a été militaire ?

BARENTIN

Oui, mademoiselle, nous étions frères d'armes.

( Dubreuil va s'asseoir sur un fauteuil à gauche, et parcourt quelques

lettres. } MALVINA.

Il serait vrar ! | BARENTIN.

Partageant les mêmes périls, logeant sous la même tente.

» ve

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