‹ Theatre Complet. Tome 9 Valerie Seconde EditionChapitre 263 sur 306 · BARENTIN, DUBREUIL, MALVINA · texte numérisé non relu

BARENTIN, DUBREUIL, MALVINA

BARENTIN , à part.

C’est cela; toutes les têtes renversées !... il n'ya rien que je déteste comme les reconnaissances de famille, et la sensibilité en sortant de table.

DUBREUIL

Voilà près de trois ans que je ne l'ai embrassé ; car c’est à la fin de 1811 qu'ilest parti, comme capitaine, pour cette campagne de Russie, d’où j'ai cru qu'il ne reviendrait jamais. Eh bien ! ma chère amie, eh bien ! tu ne vas pas t’habuller pour le recevoir ?

A quoi bon? pour un cousin, il n'y a pas besoin de cérémonies.

BARENTIN

Mademoiselle à raison, c’est une si belle parure que la simplicité et le naturel ! sans compter que c’est peut-être la plus rare.

DUBREUIL, le regardant.

Je ne dis pas non; mais, dans cette circonstance, j'ai des motifs... (A Malvina.) pour que le premier coup d'œil soit à ton avantage; tu connais mes projets, je ne te jes ai pas laissé ignorer.

430 MALVINA

MALVINA

Non, certainement; mais je ne sais pas comment vous l'expliquer. il est des inclinations, des sympathies qui naissent d’un coup d'œil... et ces sentimens-là, jamais Arved ne pourra me les inspirer. non que je ne lui reconnaisse d’excellentes qualités. c’est un brave garçon , bien rond, bien uni ; mais pas d’élévation dans les idées, pas d’enthousiasme, d’imagination; en un mot, il ne fera jamais qu'un honnête homme, et pas autre chose.

DUBREUIL

Et un bon mari.

MALVINA

C'est ce que je voulais dire; et jamais nous ne pourrions nous comprendre. Dès l’enfance, nous LISE D Q , 2 f .

n'étions jamais d'accord : élevés ensemble, avec lui et Marie, ma jeune cousine, il prenait toujours son parti contre moi, me contrarlait à tout propos, et

nous étions toujours en guerre.

DUBPEUIL.

Et c’est pour un pareil motif que tu refuses le plus riche parti de la Bretagne ?

MALVINA

Eh! mon père, qu’avons-nous besoin de tant de richesses ? Quant à moi, si j'étais maîtresse de mon choix, je préférerais celui qui, pauvre et malheureux, sait aimer et souffrir en silence ; je serais fière de réparer envers lut les torts de la fortune; et je croirais faire mon bonheur, en l’enchaînant à moi par Pa-

ACTE 1, SCÉNE VI. 435 mour, par la reconnaissance, par tous les sentimens qui ont du pouvoir sur un cœur généreux.

BARENTIN

Ah ! mademoiselle ! une telle manière de penser vous fait trop d'honneur.

DUBREUIL

Oui, c'est magnifique. en théorie; et ces mariages-là font toujours admirablement bien dans les romans; mais, dans le monde, c’est autre chose.

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