ACTE I, SCÈNE VII. 435 ARVED
Vous l'avez dit.
DUBREUIL
À moins de‘trente ans, il serait possible! la belle chose que la guerre! J'ai un neveu qui est général! MARIE.
Et moi, qui n'ai pas mis d’épaulettes à un seul de ses portraits.
DUBREUIL
Toi, qui, après la bataille de Hanau, n'étais que chef d’escadron !
ARVED.
C’est que, depuis quelque temps, mon oncle , cela a été vite.
DUBREUIL
J'entends; il y a eu de l’avancement, Et M. Gérard, ton ami, ton lieutenant-colonel, dont tu me parlais dans toutes tes lettres ?..
ARVED.
Mort dans un jour de victoire! mort à Montmi-
rail.
DUBREUIL
Ah! mon Dieu! Et ton brave colonel, qui t’avait pris en amitié, qui te traitait comme son fils ?.. ARVED.
Mort à Champ-Aubert !
DUBREUIL, secouant la tête.
Je conçois.. je conçois alors que, de chef d'escadron , on devienne général en quelques mois. (Seupirant.) C’est une belle chose que la guerre, mon neveu Ar-
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ved; je crois, malgré cela , que j'aime mieux le commerce; mes commis ne vont pas si vite, mais ils durent plus long-temps. Et toi-même? et ces blessures dont on nous avait parlé? J
ARVED.
Ce n’est rien, mon oncle; il en est d’autres plus difficiles à guérir , d’autres plus douloureuses encore pour le cœur d’un soldat, ces drapeaux étrangers, que, tant de fois, j'avais vus fuir devant nous. Allons, allons, n’y pensons plus, que cette larme soit la dernière que je donne au passé !
DUBREUIL
Si mon pauvre Edmond... si ton père était là! ARVED.
Vous le remplacerez , mon oncle, vous me tiendrez lieu de ce père que je regrette, et que Je retrouve en vous : désormais, nous ne nous quitterons plus. Quand on a vu de près d’aussi grandes catastrophes, toute idée ambitieuse s'éloigne de notre ame, qui n’aspire plus qu’au repos, à la tranquillité ; et c’est ici que je les retrouverai. Mon seul désir, maintenant, est de m'établir près de vous, en famille, avec ma femme et mes enfans , que, d'avance, je chéris déjà ; car tout le long de la route je m'occupais de leur bonheur, de leur avenir; et J'étais encore avec eux, quand j'ai aperçu de loin les tourelles de votre château.
DUBREUIL
C’est un présage, et moi, j'y crois; mais va donc voir, Catherine, si ma fille est prête, et dis-lui de descendre.