ENTRANT PAR LA GAUCHE
DUBREUIL
Approche, approche, mon enfant; voici un beau militaire qui t’attendait avec impatience.
MALVINA
Je suis enchantée, monsieur, de votre heureux retour. dans notre famille.
ARVED.
Monsieur !. eh! mais, cousine, j'ai cru que tu al-
442 MALVINA
lais.. je veux dire, que vous ailiez, comme ma pe- ‘tite Marie, me traiter sans cérémonie el en cousin.
DUBREUIL
Il a raison : eñtre cousins on s’embrasse, c’est par là que l’on commence.
Oui, quand nous étions enfans; mais maintenant
que nous sommes raisonnables. Arved, j'en suis
sûre , ne tient pas plus que moi à ces vaines démonstrations.
Arr : J'en guette un petit de mon âge.
Mon cousin, qu'ici je retrouve,
N’en a pas besoin dans ce jour
Pour croire au plaisir que J'éprouve En le voyant parmi nous de retour.
(Elle tend la main à Arved.) DUBREUIL, parlant.
Une poignée de main; à la bonne heure. (n passe à la droite d’Arved et lui dit bas:)
Vois-tu, mon cher, c’est à l'anglaise.
À Londre , on s'aime, et lon s’embrasse ainsi.
ARVED , de même.
J'aimerais mieux, je vous l'avoue ici, Que l’on m'aimât à la francaise.
DUBREUIL
Ah ça! mon garçon, nous avons tantôt une partie de chasse, qui ne me plaisait pas beaucoup, mais te voilà, elle me convient, parce que tu nous accompagneras; et tu verras ma fille qui est une intrépide
ACTE I, SCENE IX. 443 amazone, qui n'a peur de rien: cela doit te faire plaisir à toi, à un militaire.
ARVED.
Eh mais! je ne déteste pas les femmes qui ont peur. Pardon... mon ancienne franchise qui revient.
Azr : Ce que j’éprouve en vous voyant.
Il me sied mal, grave censeur, De me permettre ici le blâme.
MALVINA
Parlez, de grâce.
ARVED.
D'une femme La faiblesse plait à mon cœur.
Mais quand son ame peu craintive Hardiment brave le danger, Rien ne peut nous dédommager; Car son courage, hélas! nous prive Du bonheur de la protéger.
MALVINA
Monsieur sera-t-il des nôtres ?
ARVED.
Si cela peut vous faire plaisir. si je suis nécessaire... mais vous ne comptiez pas sur moi; et, si vous voulez bien me le permettre , j'aime autant rester ici.
DUBREUIL
Comment ! tu as refusé ma fille! mais c’est la pre-
mière fois que cela lui arrive.
J'espère que ma cousine ne m'en voudra pas; Jar
ki MALVINA.
rive, je suis fatigué, nous avons marché toute la nuit, et, en enfant de la maison, je vous demanderai la permission de dormir quelques heures avant le diner.
MALVINA. Le Vous êtes le maître.
ARVED.
D'ailleurs, cousine, je crois que vous n'aurez pas beau temps pour votre chasse, le ciel est couvert, et je crains de la pluie.
MALVINA
Vous ! un militaire ! qui par état devez braver tous les élémens.
‘ ARVED.
Oui, quand il le faut: raison de plus pour s’en priver quand il ne le faut pas.
DUBREUIL
Il a raison; ce n’est pas chez soi qu'il faut se gêner. Ainsi, mon garçon, liberté entière, et je t'en donne l'exemple. Je vais écrire à M. de Barentin la lettre en question. (AMalvina.) Viens-tu, mon enfant ?
MALVINA
Non, mon père, je reste; je tiendrai compagnie à mon Cousin.
Il serait possible ! (Bas à Aivea.) Jamais je ne lai vue aussi âimable pour personne. (Haut.) Eh bien, mes enfans, causez ensemble. ( Bas à Arvea.) Cela va à mer-
veille , jen étais sûr. (It entre dans l’appartement à droite.)