‹ Theatre Complet. Tome 9 Valerie Seconde EditionChapitre 272 sur 306 · SCÈNE VIIL ARVED, DUBREUIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIIL ARVED, DUBREUIL

DUBREUIL

Tu te doutes bien, mon garçon, du sujet dont je veux t'entretenir; car, entre nous, nous pouvons parler sans façon; il s’agit donc du rêve de ma vie entière, du bonheur de ma fille, que je veux te confier.

ARVED.

Je sais, mon oncle, que cette unior a toujours été le désir de mon père et le vôtre; et moi-même, avec mes idées de mariage, je serais enchanté que cela pût réussir; mais, avant tout, 1l faut que cela convienne à Malvina: et puis, vous le dirai-Je? j'ai tou-

ACTE I, SCÈNE VIHL 439 jours eu au fond du cœur un faible pour ma cousine Marie; et, depuis que je l'ai revue, je la trouve si bonne et si gentille !

DUBREUIL

Ne vas-tu pas te passionner d'avance, et sans voir seulement celle que je te destine?

ARVED.

Non, mon oncle.

DUBREUIL

Je te dirai donc que pour Marie j'avais d’abord d’autres vues. Nous avons ici un M. de Barentin, qui, a / *« ° . \ .

année dernière , lui a fait une cour très assidue. Vous en êtes bien sûr ?

DUBREUIL

C’étaient des langueurs, des soupirs; il en était amoureux fou , au point même de m'inquiéter.

ARVED.

Et Marie ?.… DUBREUIL.

On ne sait jamais au juste ce que pensent les petites filles, je crois cependant qu’elle le voyait avec plaisir; et comme cette année il s'occupe beaucoup plus de moi et du soin de me plaire que de plaire à Marie, j'ai pensé qu’il avait son aveu, et qu’ils étaient d’accord. ;

ARVED , ému.

Ah ! vous croyez? alors , mon oncle, il ne faut plus

penser à rien, qu’au bonheur de Marie.

&lo MALVINA.

DUBREUIL

Tu entends bien que mon dessein est de l’établir, de lui donner une dot convenable; mais avant tout, et en ma qualité d’oncle, j'ai d’abord été aux informations, ce qui était assez difficile à cause du mystère dont s’enveloppait ce M. de Barentin. Cependant, comme il prétendait avoir servi dans les gardes d’honneur, j'ai pris des renseignemens à ce sujet, et ceux que ïe viens de recevoir ce matin sont très incomplets. On croit qu’il est d’une bonne famille de Rouen, qu’il avait autrefois une belle fortune qu’il a perdue... comment ?.… cest ce qu'on ignore; car on ne sait même pas si Barentin est son véritable nom; et tout cela ne me plaît pas beaucoup.

ARVED.

Peut-être l’a-t-on calomnié.

DUBREUIL

Et comment s'en assurer ?

ARVED, prenant la lettre.

Je m'en charge, donnez, donnez; j'ai dans un de mes régimens deux compagnies entières qui sont de la Seine-Inférieure , des jeunes gens de Rouen ; je vais écrire, et, dans peu, vous aurez les renseignemens les plus exacts. tout le monde se connaît en province.

" DUBREUIL

En attendant, je crois convenable de le prévenir avec égards, car je lui en dois, que nous attendons du monde, des amis à toi. enfin des phrases très po-

ACTE I, SCÈNE IX. 441 hes qui lui permettent de retourner à la ville, sauf à le rappeler plus tard.

ARVED.

Certainement; et s’il est digne de ma cousine, eh bien ! mon cncle, il faudra les marier; quoique, je . ne vous le cache pas, cela me fasse un peu de peine.

DUBREUIL

Quand tu auras vu Malvina, tu n’y penseras plus; elle est si jolie! et tiens. tiens, regarde-la donc. (I remonte le théâtre et montre à Arved Malvina qui entre par la porte à gauche.)

Vous avez raison, mon oncle ; il est impossible

d’être plus belle et plus séduisante.

DUBREUIL

Je te le disais bien: courage, mon garçon; cou-

rage, mon gendre.

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