‹ Theatre Complet. Tome 9 Valerie Seconde EditionChapitre 287 sur 306 · ACTE H, SCÈNE IL. 461 ARVED · texte numérisé non relu

ACTE H, SCÈNE IL. 461 ARVED

Il n'y 4 pas de mal. Je me croyais surpris par les Autrichiens ou par les Russes. Combien donc ai-je dormi ?

CATHERINE

Prés de trois heures.

ARVED , se levant.

C’est une nuit entière; mais on repose si bien dans le château de ses pères !

Ass de Partie «1 Reranche.

Oui, pour nous autres miluaires, Dont chaque jour menace le destis,

Il west que des plaisirs précaires; Mais aujourd'hui mon bonheur est certain,

Et je crois méme au lendemain.

Daus un bon lit la nuit s’'acheve, Sans qu'un boura trouble notre sommeil.

Pour des dangers, on n'en 4 plus qu'en rère, Ft le bonheur nous atterd au réveil.

CATHERINE

Au moins, étiez-vous bien ?

ARVED.

Tu me demandes cela, à moi qui, depuis longtemps, n'avais pas d'autre chambre à coucher que le bivouac ? je me trouve ici dans un palais.

Dame! c’est la plus belle chambre du château ! c'est celle qu'occupait M. de Barentin; et, pendant qu’ils sont à la chasse, je lai déménagé pour vous ÿ installer.

462 MALVINA, ARVED.

J'en suis fâché.

CATHERINE

Et moi, j'en suis ravie. Qui donc sera bien logé, si ce n’est le fils de la maison ? c’est aux étrangers à Jui faire place.

ARVED.

Tu aurais pu attendre, vu qu'il part demain.

CATHERINE

Dieu soit loué ! il part, et vous voilà ! on a bien raison de dire qu'un bonheur n'arrive jamais seul. Aussi, j'étais venue pour vous dire... que... attendez donc... pourquoi étais-je venue ? ah |... d’abord, pour vous voir... Car je ne peux pas m'en lasser. et puis, pour vous donner cette lettre qu’on vient d'apporter. C’est charmant; depuis que nous avons ici un officier supérieur, les estafettes et les courriers se succèdent à chaque instant ; le château a l'air d’un quartier-général, sans compter qu’il faut donner à boire à tous ces gaillards-là , et que, pendant qu’ils boivent, je les fais causer de vous et de vos campagnes.

ARVED , pendant ce temps , a ouvert Ja lettre.

Ah ! ce sont les renseignemens que j'avais deman-

dés sur M. de Barentin. ( Lisant.)

« Mon général.

« Nous connaissons parfaitement le jeune compa- « triote dont vous nous parlez. On le nommait au- « trefois Duhamel; mais il est très-vrai qu'il avait «près de Rouen, à Barentin , une fabrique assez con-

ACTE I, SCÈNE Il. 463 « sidérable, d'où 1l aura pris probablement son nou- & VeaU NOM. » (S'interrompaut.) C’est la node maintenant ! etsi ce n'est que cela, il n'y à pas grand mal. ( Continaant la jecture de la lettre.) « C’est un excellent garcon. « Son père, qui jouissait de l'estime générale, était «un des premiers confiseurs de Rouen.»

CATHERINE

Il serait possible ! lui qui nous donnait toujours à entendre qu'il était un grand seigneur déguisé à cause des évènemens politiques.

ARVED, lisant.

« M. Duhamel le père laissa en mourant vingt-

cinq à trente mille livres de rentes, qu'il avait mis « quarante ans à amasser, et que son fils a mangées «en quelques années, d’une manière originale. Né «avec une complexion assez délicate, les médecins « de Rouen ne Jui avaient donné que cinq ou six ans « à vivre. Alors, et pour ne rien laisser après lui, il « s'était imposé, pour système financier, de dépenser cent mille francs par av. Mais à mesure que sa for-

« tune s’en allait, sa santé revenait; de sorte, qu’au « bout de six ans, il s’est trouvé guéri et ruiné; et «il na conservé de sa maladie que son goût pour la « dépense, qui, probablement, ne le quittera jamais.

« Forcé de partir ensuite dans les gardes d’hon- « neur, il s’y est fort bien conduit, et était très aimé « du régiment, auquel :l do tous les jours à « dîner. En un mot, mon général, c’est ce que les « pères de famille appellent un mauvais sujet, et ce «que, nous autres militaires, appelons un bon en-

464 MALVINA

« fant. Tels sont, mon général, les renseignemens que «nous avons l’honneur de vous faire passer à son « avantage, elC. » (I ferme la lettre. ) Ils sont jolis ! Un mauvais sujet, un dissipateur, qui cherche à refaire ses affaires par un bon mariage, et qui mangerait la fortune de sa femme, comme il a déjà mangé la sienne. Du reste, cela ne me regarde pas; c’est à mon oncie d’en juger : tu lui remettras cette lettre.

CATHERINE

Et avec plaisir; monsieur qui ne voulait jamais me croire, quand je lui répétais.. Mais, puisqu'il s’en va, je n’en dirai pas davantage; je suis trop heureuse aujourd’hui pour en vouloir à personne. Adieu, monsieur le général; adieu, mon fils Arved.

ARVED.

Adieu, ma bonne nourrice.{ Catherine sort par la droite.)

Page 1