‹ Theatre Complet. Tome 9 Valerie Seconde EditionChapitre 58 sur 306 · ACTE II, SCÈNE III. 105 MADAME DE BRIENNE · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III. 105 MADAME DE BRIENNE

C'est très-facheux ; mais je ne sais pourquoi, j'ai idée que ceux qui te contrarient le plus ne sont pas ceux qui viennent : ce sont ceux qui...

MADAME DORBEVAL.

Que dis-tu ?

MADAME DE BRIENNE

Je désire me tromper; mais il me semblait que monsieur de Nangis... Allons, décidément il y a des noms malheureux , car voilà que tu rougis encore.

MADAME DORBEVAL.

Je ne sais pourquoi; car en conscience je n’ai rien à t’apprendre. Ne t’ai-je pas dit que j’espérais pour ton mari une place, une pension; et monsieur de Nangis, proche parent du ministre, était par son crédit, par sa position à la cour, une protection à ménager ; je n'avais pas d'autre idée, d’autres motifs, je te le jure. Mais bientôt monsieur de Nangis est devenu un protecteur si dévoué, que je n’ose plus rien lui demander.Craignant même que ses assiduités ne finissent par être remarquées, je lai prié, autant que possible, d'éviter ma présence; et tu vois quel pouvoir j'ai sur lui ; tu vois quelle est sa soumission ; aujourd’hui mon mari l'invite, et il s’empresse de refuser...

MADAME DE BRIENNE

Eh mais! serais-tu fâchée d’être obéie ?

MADAME DORBEVAL.

Moi! tu me connais bien mal! Qu'il vienne où ne vienne pas, peu m'importe; tout m'est indifférent. Condamnée à ne rien aimer, je subis mon arrêt, Je

me résigne à mon sort, à ce sort brillant que chacun envie. S’ils le connaissaient, il leur ferait pitié. MADAME DE BRIENNE.

Que me dis-tu ?

MADAME DORBEVAL.

Est-ce ma faute, cependant? jeune, sans expérience , je voyais tous mes parens enchantés, éblouis : Tu n’as rien, disaient-ils, et il est riche... immensément riche, épouse-le. Eh bien! ils doivent être satisfaits : je suis bien riche et bien malheureuse.

MADAME DE BRIENNE

Toi ! grand Dieu!

MADAME DORBEVAL.

Oui, je l’épousai sans l’aimer; du moins je n'en aimais pas d'autre; et, au premier coup d'œil, l’opulence ressemble tant au bonheur! mais lespèce d’enivrement qu’elle nous procure est de si courte durée, on s’y habitue si vite! et quand on rentre en soi-même; quand , effrayé du vide et de la solitude qui vous entoure, on cherche un cœur qui puisse répondre au vôtre, et qu’on ne trouve que sécheresse et indifférence; et quand, chaque jour , ce cœur est froissé par le mépris, par l’orgueil, par le souvenir des bienfaits qu'on lui reproche; lorsqu’en un mot on le condamne à la reconnaissance pour l'avoir voué au malheur! ah! c’est acheter bien cher la fortune, et ses trésors ne paieront jamais les larmes qu’elle vous coûte.

MADAME DE BRIENNE

Pauvre Élise !

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