ACTE II, SCÈNE x
OLIVIER
Est-il vrai, comme me l’a assuré Dorbeval, que madame de Brienne soit de retour à Paris, et qu’elle soit ici, dans cet hôtel ?
POLIGNI.
Oui , sans doute.
OLIVIER
J'osais à peine y croire. Elle est libre ?
POLIGNI.
Certainement.
OLIVIER
Ah! mon ami, je suis le plus heureux des hommes! POLIGNI.
O ciel! tu l’aimerais !
OLIVIER
Depuis cinq ans je ne fais pas autre chose.
POLIGNI.
Et tu ne m'en avais rien dit.
Ni à elle non plus; j'aurais voulu me le cacher à moi-même... La femme de mon bienfaiteur, de celui à qui je devais tout! Mais aujourd'hui elle est libre, je peux parler; malheureusement je n'ose pas, je n’oserai jamais si tu ne m’aides un peu.
POLIGNI.
oi.
Oui; j'avais compté sur toi. Je sais que vous avez été élevés ensemble, que tu as son estime, sa con-
Moi ?
fiance; et si tu veux parler pour moi... Mon ami, je Ven prie, rends-moi ce service.
POLIGNI, à part.
Il ne me manquait plus que ce malheur-là !... Et Dorbeval qui ne revient pas, qui me fait mourir... Mais pourquoi l’atterdre… Si j'allais moi-même chez ce Lajaunais… Oui, c’est avec lui que j’ai traité, c'est avec lui que je peux rompre.
OLIVIER
Eh bien ! tu te consultes, tu ne me réponds pas. POLIGNI.
Eh morbleu! pourquoi ne parles-tu pas toi-même? qui t’en empêche? ce n’est pas moi. Mais, pardon, tu as tes affaires, j'ai les miennes, et je n’ai pas de
temps à perdre. Adieu.
(Ii sort par le fond.)