ACTE III, SCÈNE LI
et je viens vous l’offrir. (Avec passion.) Mon guide, mon appui, mon ange tutélaire, seul arbitre de ma vie, prononcez maintenant |
MADAME DE BRIENNE
Olivier ! ce n’est pas avec un cœur tel quele vôtre que je puis feindre plus long-temps. Je vous dois ma confiance, toute mon amitié, et je vous crois même assez généreux pour me pardonner le chagrin que je vais vous faire.
OLIVIER
O ciel !
MADAME DE BRIENNE
Ah! j'en souffre autant que vous, car je vous plains, mon ami, je vous aime autant qu'une amie peut aimer ; ce n’est pas ma faute si je ne puis vous donner davantage |
OLIVIER
Que dites-vous ?
MADAME DE BRIENNE
Que ce cœur qui vous estime et vous admire... d'aujourd'hui, je vous le jure, serait à vous si déjà il n’était à un autre.
OLIVIER
Que viens-je d’entendre ? un rival? et quel est-il ? quel est son nom ? qu’a-t-il fait pour mériter un si grand bonheur ?
MADAME DE BRIENNE
Au nom du ciel ! calmez-vous.
OLIVIER
Qu'il en soit plus digne que moi, je le veux ! mais
ce bien qu’il m’enlève, il ne l’achètera du moins qu'au prix de son sang ou du mien?
MADAME DE BRIENNE
Qu’allez-vous faire? c’est le compagnon , l’ami de votre enfance. C’est Poligni.
OLIVIER
Grand Dieu ! mon malheur me vient donc de tous ceux que j'aime! Vous m’avez porté le coup de la mort, mais vous n’entendrez de moi ni plaintes, nt reproches. Adieu, madame.
MADAME DE BRIENNE
Olivier, vous me quittez ?
OLIVIER revient, s’approche d’elle, et après un moment de silence, lui dit douloureusement.
Vous l’aimez donc ?
MADAME DE BRIENNE
Hélas oui !
OLIVIER
Et beaucoup?
MADAME DE BRIENNE
Plus que je ne peux dire, puisque un tel sentiment a pu résister à tant d'amour; mais je l’aimais avant de vous connaitre. Comme vous nous fûmes bien à plaindre, comme vous nous avons souffert. Vous saurez tout; je ne veux plus avoir de secret pour vous. Mais, mon ami, mon meilleur ami, dites que vous ne men voulez pas, ou je serai bien malheureuse | "DuiVisk.
Vous , malheureuse ! jamais ! Moi, c’est différent :
ACTE III, SCÈNE IL. 135 c’est mon sort; grâce à vous, je suis habitué à souffrir. J’y suis fait; cela ne me coûtera rien.
MADAME DE BRIENNE
N'est-il donc plus de bonheur pour vous ? Quelle
femme ne serait glorieuse de partager votre sort ? OLIVIER.
Non; ce serait la tromper; car je ne puis aimer que vous, jamais nulle autre que vous. Mais ne craignez rien : je méloignerai, je me tairai comme autrefois.
MADAME DE BRIENNE
Ne vous verrai-je donc plus?
OLIVIER
Qu’avez-vous besoin de moi? vous êtes heureuse. Mais si jamais les chagrins pouvaient vous atteindre, alors je reviendrai. Jusque-là adieu !
(11 sort par le fond.)