ACTE III, SCENE I
sables pour leur plaire , et d'avance votre aspect n'effrayait. Quel fut mon étonnement de trouver en vous la simplicité unie à la franchise, ce charme inconnu qui inspire et promet l’amitié. Aussi, quand vous réclamiez pour vous celle que je portais à monsieur de Brienne, vous la possédiez déjà ainsi que lui. Ah l'bien mieux encore! Ses vertus commandaient ma confiance; votre vue seule attirait la mienne. Mes idées, mes projets, je les lui disais parfois : à vous, jamais; vous les saviez avant moi, vous les aviez devinés. Je pouvais causer avec lui, je pensais avec vous. Et si vous vous rappelez quelles sombres idées flétrissaient alors mon ame! honteux de ma misère et de ma naissance, je croyais que le monde devait à jamais me repousser de son sein ; c’est vous qui m'avez rendu le courage et la fierté; c’est vous qui m'avez dit : « Tous «les chemins aujourd’hui sont ouverts aux talens; « l’estime publique qui les honore, qui les ennoblit, « regarde où ils sont arrivés, et ne s’informe pas d’où «ilssont partis.» Vous m'avez montré alors l'honneur, la fortune, la gloire qui m’attendaient. Ah! si vous saviez en vous écoutant quelle noble ardeur embrasait mon ame, quel feu divin circulait dans tout mon être! Impatient de Pavenir, ces succès, ces honneurs, ces palmes que vous me promettiez, je les rêvais d’avance, non pour ur monde qui m'était indifférent, mais pour les apporter à vos pieds, pour les offrir à celle que j'adorais !
MADAME DE BRIENNF.
O ciel !
OLIVIER
Oui, voilà mon secret, voilà ma vie. ” MADAME DE BRIENNE.
Olivier !… OLIVIER.
Ah ! ne me répondez pas encore, ne me condamnez pas au silence, laissez-moi un instant de bonheur; laissez-moi vous parler d’un amour que votre vue seule a fait naître. Depuis ce jour fatal, dévorant mes chagrins, vous savez si la femme de mon bienfaiteur me fut sacrée ! Commandant à ma bouche, à mes regards, l'instant où vous auriez soupçonné mon amour aurait été le dernier de ma vie’, mais quels tourmens, quel supplice continuel ! quelle contrainte affreuse ! A votre départ au moins je fus libre... d’être malheureux | Je pouvais saus crainte m'occuper de vous: vous étiez sans cesse présente à mes yeux, et dans ce jour encore, je vous dois le plus doux des triomphes. À mon dernier ouvrage, je rêvais une beauté noble et touchante, une grâce enchanteresse, idéale; je croyais créer, je copiais ! Vos traits venaient d’euxmêmes se placer sous mes pinceaux, et tout à l'heure au salon, j'ai vu la foule arrêtée devant mon tableau : Quelle tête admirable ! disaient-ils, que c’est beau ! que c’est sublime !... Et moi je disais : Ah ! que c’est ressemblant! De riches étrangers m’entouraient, m'en offraient des trésors : leur vendre mon tableau : mon bien, mon bonheur ! Dussent-ils le couvrir d’or, jamais ! Mais du moins mes rêves sont réalisés; ce peu de gloire et d'honneur que je désirais , je l’ai obtenu,