SCÈNE V
DORBEVAL, mapame DORBEVAL.
DORBEVAL, riant.
L'aventure est impayable, et je n’en reviens pas; ni toi non plus, car tu en es encore toute surprise. Mon amie, maintenant que nous sommes seuls, dismoi donc la fin de la lettre.
MADAME DORBEVAL, vivement.
Y pensez-vous?
DORBEVAL.
Puisque je suis du secret, il n’y a pas de danger; c’est pour voir seulement si j'ai rencontré juste : rien qu’à l'écriture J'ai cru deviner.
MADAME DORBEVAL , avec trouble.
Quoi donc?
DORBEVAL.
Ce n’était pas biea difficile : un instant auparavant je venais de recevoir un petit mot de monsieur de Nangis.
MADAME DORBEVAL.
O ciel!
DORBEVAL.
Qui , désolé de ne pas dîner avec nous, m'annonçait qu'il viendrait passer la soirée. Et moi qui lui savais gré de son empressement ! moi qui croyais qu'il venait pour moi! Comme quelquefois nous sommes
dupes! Et cette madame de Brienne, une femme aussi exemplaire, aussi prude!
MADAME DORBEVAL.
Monsieur, je la défendrai; apprenez que c’est la vertu même.
DORBEVAL.
Je le veux bien; mais une vertu qui reçoit de pareilles lettres est une vertu qui déjà prête beaucoup aux commentaires ; Car enfin, chère amie, je l’ai lue : « la plus aimée, la plus adorée des femmes! » et ce qu’il y a surtout d’admirabie, c’est ta vertueuse amie, qui à peine arrivée d'aujourd'hui... Où diable se sontils vus? Eh parbleu! m’y voilà : il a suivi le maréchal dans son ambassade en Russie, il y est resté six mois ; c’est là qu'ils se seront rencontrés. Deux Français, deux compatriotes ?
A tous les cœurs bien nés...
MADAME DORBEVAL.
Quoi! monsieur, vous pourriez supposer ?
DORBEVAL. «
Moi, je ne suppose rien; je l'ai lu. D’ailleurs, si je
me trompe, dis-lui de nous montrer cette lettre. MADAME DORBEVAL.
Non, monsieur ; mais pour vous prouver l'injustice de vos soupçons, je vais, comme elle m'en a priée, répondre en son nom et le bannir à jamais.
DORBEVAL.
À la bonne heure. Veux-tu que nous composions
cette lettre ensemble?