SCÈNE IV
Les PRÉCÉDENS ; DORBEVAL.
DORBEVAL, entrant vivement.
Un conseil, madame, me voilà! je suis à vos
ordres | MADAME DORBEVAL.
Dieu! mon mari!
DORBEVAL.
Eh mais! qu’avez-vous donc toutes deux? et d'où
vient cet effroi ? cette lettre en serait-elle cause ?
(I prend la lettre que sa femme tient encore à la mäin,)
ACTE III, SCÈNE IV. 141 MADAME DORBEVAL, doucement, Monsieur... de grâce!
DORBEVAL.
Non pas! c’est dans jes affaires importantes que vous devez me consulter.
MADAME DORBEVAL, à part.
Oh ! mon Dieu! elle avait raison : le châtiment ne s’est pas fait attendre!
DORBEVAL, qui a déployé la lettre.
Voyons un peu... (Lisant.) « La plus aimée, la plus adorée des femmes... »
MADAME DORBEVAL.
Monsieur, n’achevez pas!
| DORBEVAL.
Et pourquoi donc , madame? (Lisant.) « Depuis trop « long-temps je suis séparé de vous! je ne puis vivre « ainsi... »
MADAME DE BRIENNE, s’élançant vers lui.
Arrêtez, et n’allez pas plus loin, monsieur : ce billet est pour moi.
MADAME DORBEVAL.
O ciel!
MADAME DE BRIENNE
Vous avez mon secret, (Montrant madame Dorheval.) UN S€cret que l’amitié seule devait connaître, mais je vous crois trop discret et trop galant homme...
DORBEVAL, reployant la lettre et la lui rendant.
Pardon , pardon, madame.
MADAME DE BRIENNE, hésitant.
Cette lettre est de quelqu'un qui m'est fort indiffe-
rent, et à qui, certainement, je n'accorde aucune préférence.
DORBEVAL.
Je n’en doute pas.
MADAME DE BRIENNE
Je ne pouvais l’empêcher de m'écrire ; mais je puis au moins me dispenser de lui répondre; et quand vous êtes entré, je priais votre femme, qui est mon amie, qui possède tous mes secrets, je la priais de vouloir bien se charger de ce soin (Passant près de madame Dorbeval. ) Oui, chère Élise, je t’en supplie : rends-moi ce service, Ôte-lui tout espoir; tu vois déjà les craintes, les inquiétudes que je prévoyais. On peut se trouver compromise. …
DORBEVAL, d’un ton de reproche.
Ah! madame!
MADAME DE BRIENNE
Pas aujourd’hui, mas une autre fois, peut-être, je pourrais ne pas si bien rencontrer ou n'être pas aussi heureuse. (A madume Dorbeval.) Qu'il n'en soit plus question ! Je compte sur toi. (Lui serrant la main) Je te recommande le repos et le bonheur d’une amie.
(Elle salue Dorbeval et sort par la porte à droite. )