ACTE IV, SCÈNE LI
MADAME DORBEVAL.
J'entends : c’est déjà une inclination!
HERMANCE
Une inclination! oh! non, ce n’est peut-être pas celui-là que j'aurais préféré. Mais il ne faut pas y penser; on ne peut pas tout avoir.
Tu as raison , et pourvu quil te rende heureuse. HERMANCE.
S'il me rendra heureuse! Mais jy compte bien. Savez-vous que j'ai cinq cent mille francs de dot, et qu'il n’a rien que sa charge; ce qui est un grand avantage, parce qu'il n'aura rien à me refuser ; il sera obligé de faire toutes mes volontés, ou, sans cela, dans le monde on crierait aux mauvais procédés, n'est-il pas vrai? Moi, d’abord, je le dirais partout.
MADAME DORBEVAL.
Voilà déjà un commencement de bon ménage! Et le nom du jeune homme, tu ne me l’as pas encore dit ; est-ce que tu ne le saurais pas, par hasard?
HERMANCE
Si vraiment... c’est que mon tuteur m'avait défendu de vous en parler encore; mais c’est égal.
MADAME DORBEVAL.
Je te remercie de cette marque de confiance.
HERMANCE
Ok l'oui , parce qu'il faut que ce soit vous qui vous chargiez de la corbeille; je vous dirai ce que je veux, pour que vous vous entendiez avec lui.
MADAME DORBEVAL,aveé impatience.
Et le futur? et son nom?
HERMANCE
C'est vrai, je n’y pensais plus; je l'avais oublié; mais vous ne connaissez que cela, un ami de la maison, un ami de votre mari, monsieur de Poligni.
Poligni !.. que dis-tu?
HERMANCE
Qu’avez-vous donc?
MADAME DORBEVAL.
Ce n’est pas possible! ce n’est pas lui , tu te trompes! HERMANCE.
Eh bien ! par exemple, est-ce qu'on peut se tromper de mari?
DUBOIS, annonçant.
Monsieur Poligni.
HERMANCE
Et tenez, tenez! je suis sûre, ma cousine, qu’il vient vous faire la demande.