‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 2)Chapitre 109 sur 305 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

BOURDOLLE, ALINE.

BOURDOLLE.

Bonjour, Aline.

ALINE

Bonjour, mon ami... Ne perdons pas de temps. Assieds-toi. Voici de quoi il s'agit...

BOUUDOLLE.

Tu veux que nous causions ici?

ALINE

Oh! ne prenons pas de rendez-vous... ne compliquons rien. D'ailleurs, c'est très pressé. J'ai vu hier le président du conseil...

BOURDOLLE.

Paejinel?

ALINE

Tout ù fait dans l'intimité. 11 est très ulcéré,

A(.TIC IV, SCÈNE VI li>ii

non seulement de sa chute, mais du sans-gène avec lequel ses amis Tont lâché. Il n'a qu'une idée : leur créer en dessous des diilicultés pour la constitution du nouveau ministère. En ce moment, il aimerait mieux voir arriver ses adversaires politiques que ses amis.

BOLltDOLLi:.

C'est très humain.

ALINE

11 a même eu un mot assez joli. Il m'a dit: « En politique, il y a des services qu'on ne peut demander qu'à ses adversaires. »

BOURDOLLE.

Alors, Gibacier?

ALINE

Gibacier, dans ces conditions-là, aura beaucoup de peine à former un cabinet.

BOURDOLLE.

J'en avais l'impression.

ALLNE.

Or, le président du conseil a été très frappé de ce fait que tu n'es pas allé à la Chambre de toute la semaine dernière et que tu n'assistais pas à la séance où il a été renversé... Et il a vu dans ton abstention un sentiment profond de la situation politique et un acte de délicatesse vis-à-vis de lui, qui t'avait débarqué il y a trois mois!... Ça, c'est même admirable! Quand on sait pourquoi tu ne vas plus à la Chambre depuis quinze jours !...

BOURDOLLE.

Mais tu te trompes... Je ne suis pas allé à la Chambre parce que...

ALINE

Oh ! je t'en prie... pas d'explications... Puisque c'est ça qui t'a servi! Alors, c'est trop beau, n'est-ce pas? Il n'y a qu'à s'incliner. Où en étais-je? Ah! oui... Pour toutes ces raisons-là, Paginel ne pense plus qu'à une chose, éloigner Gibacier et avoir comme successeur à la présidence du conseil, qui? Toi!

BOURDOLLE.

Moi?

ALINE

Depuis hier, c'est une idée fixe. Et ce qu'il a pu inventer, c'est inimaginable ! « La politique de groupe, la politique sectaire a fait son temps. Le pays n'en veut plus — c'est lui qui parle, bien entendu — il faut donner à la politique française une couleur plus élégante et plus légère... Assez de concentration! De la conciliation, de l'aménité... du tact! Et qui, mieux que Bourdolle, deux fois ministre déjà, directeur d'un grand journal parisien, est désigné pour exécuter ce programme?... » Depuis ce matin, Paginel va partout. Il a vu le président de la République et il m'a téléphoné trois fois avant déjeuner.

GOURDOLLE.

Ça, j'avoue que c'est curieux ! Je voyais bien la chose pour dans deux ans... mais pas avant! Et, en effet, en y réfléchissant... oui... je suis l'homme de la situation!... Ma parole, il y a cinq minutes, je ne m'en doutais pas ! Ah ! la politique! Mais il n'y a pas que de la politique dans ce revirement rapide... Il y a encore toi, Aline, ton influence...

ALINE

Oh! je t'en prie... plus de génie, n'est-ce pas?

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