ACTE IV, SCENE VI
BOURDOLLli.
Mettons ta finesse... J'ai beau avoir des torts envers toi, ça ne m'empêche pas de reconnaître ce que je te dois.
ALINE
Tu ne me dois rien. Je ne suis pour rien là dedans, au contraire. Tu arrives au pouvoir par ton propre mérite, parce que tu as eu l'idée de diriger un journal boulovardier, ce que je ne voulais pas î Parce que tu t'es mis à aller aux répétitions générales, ce que j'avais en horreur 1 Et peut-être aussi, tellement les raisons des choses sont mystérieuses, parce que tu m'as trompée avec une femme de lettres, ce qui a fait tout de suite de toi un grand Parisien, comme tu disais ! Ne me remercie donc pas, mon ami, ce n'est pas la peine.
DOURDOLLE.
Oh ! tais-toi ! N'essaie pas de cacher ton dévouement, ton intelligence, sous des reproches qui me sont extrêmement douloureux, je t'assure.
ALINE
Bon, bon! Cessons les reproches... Je regrette d'avoir eu l'air de t'en adresser... Ce n'était pas mon intention en venant ici. Quand tu seras président du conseil, quand lu seras arrivé au sommet, alors, nous causerons de nos petites affaires, et nous réglerons ce que nous avons à régler. En ce moment, il ne faut pas se disputer, il faut agir. Alors, je te conseille, en amie, pour faciliter tes démarches et aussi pour éviter les potins, je te conseille de rentrer chez toi, à moins cependant que tu ne sois plus libre de rentrer chez toi?
Comment! plus libre... J'habite l'hôtel.
ALINE
Eh bien, tu seras mieux à la maison pour ce que tu vas avoir à faire. C'est la seule raison, crois-le bien, pour laquelle je t'engage à y rentrer.
BOURDOLLE, — un Icmps.
Ma chère Aline, l'heure ne serait pas bonne pour nous expliquer. Tu viens de me rendre un grand service, tu te montres très généreuse envers moi. Cela me place à un point d'infériorité qui ne me permet pas de mettre au point ce qui s'est passé entre nous.
ALINE
Oui... épargnons-nous cette scène-là. Nous reprendrons pour le monde notre vie ordinaire... Et les événements se chargeront peut-être d'amener une solution que je n'entrevois pas pour ma part. N'en parlons donc plus.
BOURDOLLE.
Je suis à ta discrétion.
ALINE
Il est fort possible que je m'habitue à l'idée que tu as une maîtresse et que je ne suis plus, moi, qu'une femme qui partage tes opinions politiques.
BOURDOLLE.
Je n'ai rien à répondre.
Et il est possible aussi que je ne m'y habitue pas... Et dans ce cas nous aurions le divorce.
BOURDOLLE.
Tu réfléchiras...
ALINE
Enfin! n'en parlons plus... n'en parlons plus!