‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 2)Chapitre 113 sur 305 · ACTE IV, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VIII

LUCE

Ah ! tant mieux !... (A voir plus basse.) Tu sais, je suis un peu grisée par toutes ces émotions, par ce succès... J'ai besoin de te le dire... Je t'aime!

BOURDOLLE.

Ma chérie... ma chérie...

LUCE

Ce soir, à la revue, tu viendras dans ma logo. Je veux qu'on t'y voie. Qu'est-ce que nous risquons maintenant? Et puis, j'ai pensé à une chose, au lieu d'aller dîner au restaurant, nous dînerons chez moi, tous les deux.^. Tu veux bien, dis?

BOURDOLLE.

Eh ! oui, je voudrais bien ! Malheureusement, c'est impossible...

LUCE

Impossible! Qu'est-ce qui est impossible? Que tu dînes chez moi?

BOURDOLLE.

Ecoute... voyons... sois raisonnable... Je suis absolument obligé de dîner ce soir chez le président du conseil.

LUCE

Ah! ca, par exemple!

BOURDOLLE.

Il vient de me faire inviter tout à l'heure. Ça ne peut pas se refuser.

LUCE

Et pourquoi? Et pourquoi? Il n'était pas question de ce dîner, tantôt.

160 LES FAVOItlTES

BOURDOLLE.

Il a été improvisé à cause des événements politiques.

LUCE

Allons bon! Je peux dire que je suis navrée... C'est toute ma journée gâtée... Je suis furieuse. Mais alors, tu ne viendras pas non plus à la revue ?

BOURDOLLE.

Un instant peut-être à la fin, je n'en réponds pas...

LUGE

Oh! c'est trop fort! Un jour pareil, tu me quittes !... Tu... (BrusquemenL) Et ta femme? Est-ce qu'elle y dîne aussi, chez le président du conseil?

BOURDOLLE.

Je ne pense pas.

LUGE

Tune penses pas. Mais si, elley dîne, voyons!... Ne me prends pas pour une enfant! Elle y dîne forcément. Tu aurais dû commencer par me dire ça...

BOURDOLLE.

Qu'elle y dîne ou non, ça n'a pas d'importance.

LUGE

Aucune, évidemment. Tu l'as donc revue, ta femme? Il n'est pas nécessaire d'hésiter... Tu Tas revue ou tu ne l'as pas revue... Tu l'as revue, c'est très bien! Je ne comprends pas pourquoi tu ne me l'avoue pas tout de suite. Et quand l'as-tu revue?

BOURDOLLE.

Cet après-midi, un instant... Nous avions à causer de choses très sérieuses.

ACIt; IV, KCtNK VIII 161

LUCK

Et où ?

BOURDOLLE.

Où?

LLCE.

Oui... où a eu lieu cet entretien? Tu es rentré chez toi? Non? (Le regardant.) Je parie que c'est elle qui t'a fait demander tout à l'heure !

BOURDOLLE, ri.inl.

Oui! oui! oui! En voilà des soupçons pour l'histoire la plus simple du monde! 11 s'agit de politique et il ne s'agit que de politique... Pas une seconde il n'a été question de ma conduite, tu entends? pas une seconde !

LUCE, le re(jard;int dans les yeux.

Vrai ?

BOURDOLLE.

Vrai.

LUCE

Tu me le jures?

BOURDOLLE.

Je te le jure... La preuve, c'est que je serai appelé demain à l'Elysée.

LUCE

Toi ?

BOURDOLLE.

Moi ! Je peux être président du conseil dans deux jours... Ça ne te fait pas plaisir?

LUCE

Oui... mon chéri, oui!... Et toi, tu dois être fier! Seulement, je suis ta maîtresse, et je ne peux pas m'empêcher de penser un peu à moi... Ce n'est pas de l'égoïsme, ça, c'est de l'amour...

Il est évident que tu vas être amené à te réconcilier avec ta femme...

BOURDOLLE.

Une réconciliation apparente.

LUGE

Apparente pour commencer. Oh ! je reconnais que tu ne peux pas faire autrement. Si ta femme est venue te le proposer, je Tapprouve. . . 11 y a des points sur lesquels toutes les femmes sont d'accord... D'ailleurs, les maîtresses et les femmes légitimes sont d'accord plus souvent qu'on ne croit... Le malheur pour moi, là dedans, c'est que le jour oii vous vous réconcilierez pour de bon, ce sera à mes dépens. . .

BOURDOLLE.

Ne l'alarme donc pas !

LUGE

Je ne m'alarme pas, j'analyse mon cas... Eh bien, quand ta femme ignorait notre liaison, nous étions chacune à notre place ; nous ne nous faisions pas de tort... au contraire, même, au contraire... Et ça pouvait durer longtemps. Tandis qu'aujourd'hui, elle ne va plus avoir d'autre idée que de se débarrasser de moi et de reconstituer son ménage, ce qui est très naturel... Et mai, je suis désarmée... Qu'est-ce que je peux contre elle? Rien !

BOURDOLLE.

Mais prolitons donc de la belle journée que nous avons l'un et l'autre, au lieu de songer à l'avenir le plus lointain, le plus obscur ! Tu viens d'avoir un triomphe, je vais être président du conseil. Bientôt tu seras célèbre et, moi, je serai puissant. Ce soir, nous nous aimons. Qu'est-ce

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