ACTE IV, SCÈNE VIII
qu'il te faut de plus, mon Dieu? Qu'est-ce qu'il te faut ?
LUGE
Ce qu'il me faut, c'est le genre d'amour que tu avais pour moi et que tu ne peux plus avoir, où il entrait à la fois le désir de me posséder et le besoin de me protéger ! Un amour où nos deux ambitions étaient mêlées, ce qui lui donnait une fantaisie et une excitation folles ! Et ça, c'est fini ! C'est bien fini !
BOURDOLLE.
Mais qu'est-ce qu'il y a de changé? Qu'est-ce qu'il y a de changé?
LUGE
Jl y a tout I Ton ambition, aujourd'hui, est du côté de ta femme, elle n'est plus du mien! Moi, je ne suis plus qu'une maîtresse quelconque avec qui tu seras heureux une heure par jour...
BOURDOLLE, riant.
Eh bien... mais...
LUGE
Ça te suffit? Oui? Pas à moi ! J'avais rêvé autre chose, et je m'aperçois que je ne peux pas l'avoir. Eh bien ! puisque je ne peux pas l'avoir, n'en parlons plus !
BOURDOLLE.
Mais tu te trompes...
LUGE
Ne te défends pas ! Je ne te fais pas de reproches. Tu m'as donné quelques mois de bonheur et tu m'as fourni l'aventure qui m'a lancée. C'est tout ce qu'on peut demander à un homme, à moins d'être une enragée ! Et maintenant, mon chéri, que je ne suis plus ta maîtresse, soyons sérieux!...
BOURDOLLE.
Gomment, tu nés plus ma maîtresse?... Mais tu verras ça demain ! Et qu'appelles-tu être « sérieux » ?
LUCE
Etre sérieux, c'est s'occuper de moi ! (Bourdoiie rit.) Toi, ce n'est pas la peine. Tu vas être président du conseil, tu es casé, tu te réconcilieras avec ta femme, et tu me quitteras un de ces jours, sans même ten apercevoir! C'est bien! c'est très bien ! Je m'y attends... Tu es très gentil, mon chéri! Seulement, il y a moi, moi qui ai toute ma vie à faire, ne l'oublions pas !
BOURDOLLE.
Mais j'y pense, ma chérie, je ne pense qu'à ça!.. Ta vie est ma principale préoccupation, la seule ! Je veux que tu aies une existence magnifique, et tu l'auras ! Car tu es une créature délite, tu entends? d'élite !
LUGE
Oui... oui.
BOURDOLLE.
Ecrivain, conférencier, femme à la mode. Tu atteindras un jour la plus haute situation qu une femme ait jamais eue à Paris !
LUGE
Je ne demande pas autre chose.
BOURDOLLE.
Les circonstances peuvent nous séparer un instant, c'est possible... mais je te suivrai des yeux dans ta marche vers la fortune et vers la gloire. Je t'aiderai de toutes mes forces et je me dirai : « C'est moi pourtant qui ai découvert ce talent-là! »