‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 2)Chapitre 124 sur 305 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

ter. j ose le dire, à une assez jolie rencontre à l'épée...

GERMAINL".

Non ! Voilà qui est inimaginable !

HECTOR

Mais c est comme ça !

GERMAINE

Alors, vous êtes content?

HECTOR

Je suis assez satisfait.

Et vous supposez que je vais vous laissez tuer un homme pour une pareille futilité?

HECTOR

Je n'avais pas l'intention de le tuer... Mais, si vous l'exigez absolument, je ne reculerai pas devant ce sacrifice.

GERMAINE

Vous êtes fou ! Je vous défends absolument de lui faire du mal î

HECTOR

Vous êtes une femme d'un grand cœur ! Je me contenterai donc de piquer monsieur de Fersen à la partie antéro-interne du muscle extenseur de 1 annulaire.

GERMAINE

Mais c'est abominable !

HECTOR

Non! C'est le gras du bras...

GERMAINE

N'importe! Je ne veux pas... je ne veux pas...

HECTOR

Oh! Moi qui croyais vous faire plaisir!...

Vous ne me faites aucun plaisir... Je trouve ces mœurs odieuses... et vous allez tout de suite exprimer vos regrets à ce baron suédois.

HECTOR

Vous me demandez sérieusement à moi, Hector Le Hercheur, qui suis — passez-moi cette vanité — l'homme d'épée le plus en vue de Paris, vous me demandez de faire des excuses sur le terrain? Et à un adversaire qui ne m'a même pas offensé! Mais, si j'avais le malheur de vous obéir, vous ne me reverriez de votre vie... Je vous connais!

GERMAINE

Battez-vous, ne vous battez pas, cela m'est complètement indilTérent. Je n'assisterai pas, même de loin, à ce tournoi, et je vous prie de remporter votre lorgnette.

HECTOR, posant la lorgnette sur un meuble.

Vous vous fâchez?... Je m'y attendais un peu... Mais je sais qu'au fond vous êtes enchantée... Une femme ne reste jamais insensible aux gestes héroïques et chevaleresques... Quanta cette lorgnette, je vous la laisse tout de même... Et je ne vous dis qu'une chose : tout à l'heure, quand je croiserai le fer, si je ne vous aperçois pas à cette fenêtre, la lorgnette à la main, je ne réponds plus de la vie de monsieur de Fersen !

GERMAINE

Eh ! mais, dites donc... si c'était lui qui allait vous blesser?

Page 1