‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 2)Chapitre 127 sur 305 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

Les Mêmes, COLETTE, puis MONSIEUR et MADAME BRISSAUD.

COLETTE

Bonjour, Germaine. Est-ce que c'est commencé?

GERMAINE

Vous savez aussi?

COLETTE

Tout le monde le sait, il y a déjà des tas de gens aux fenêtres. . . Et je veux tout voir. On peut s'installer sur votre terrasse?

GERMAINE

Si vous voulez, ma petite Colette.

COLETTE, au fond.

Les voilà qui arrivent sur le champ de courses... C'est votre mari, Germaine, qui porte les épées...

MADAMK BRISSAUD, entrant avec une- lorr/nette.

Chère amie, excusez notre indiscrétion!... Mais, quand nous avons su que le duel se donnait au champ de courses, j'ai tout de suite pensé à votre terrasse.

GERMAINE

Vous n'êtes pas les seuls. . . Prenez des chaises. . . Tenez, monsieur Brissaud.

BRISSAUD.

Merci, chère madame.

EN GAHDE

COLETTE

Ne vous pressez pas... ils n'en sont qu'aux préparatifs. C'est mon premier duel... ça me passionne !

BRISSAUD, à Germaine , qui reste en scène.

Ça ne vous intéresse donc pas, chère madame ?

GERMAINE

Ohi Dieu non! Le spectacle est sans intérêt... et, s'il n'était pas sans intérêt, il serait barbare ! Je ne tiens pas à voir ça.

COLETTE

Vous êtes seule de votre avis. Les tribunes du champ de courses sont noires de monde. Ah ! votre mari fait de grandes enjambées...

(îERMAIXE, nerreiise.

Oui... il mesure le terrain.

MADAME BRISSAUD.

Les docteurs flambent les épées dans une cuvette... On tire les places...

FERNANDE

Les adversaires sont en bras de chemise!... Viens donc voir, Germaine !

GERMAINE

Non, merci! J'ai horreur des hommes en bras de chemise...

COLETTE

C'est trop, ou trop peu !

MADAME BRISSAUD.

Ah ! les voilà en garde.

BRISSAUD.

Ils engagent le fer.

\i:te I, s<:i:ne vu

GERMAINE

48Çt

Ils engagent le fer !... (Se prédpiUnl avec la lorgnette.) Attendez... Faites-moi une place.

COLETTE

Monsieur Le Hercheur s'avance... son adversaire recule.

GERMAINE, Innjnanl.

On ne dit pas reculer, on dit rompre.

COLETTE

Eh bien, il rompt... Oh 1 comme il rompt! 11 peut se vanter de rompre... Enfin, il s'arrête !... Il est vrai qu'il est contre une barrière et qu'il ne peut pas faire autrement. Monsieur Le Hercheur avance le bras...

BRISSAUD.

Il y a un blessé... les témoins arrêtent le combat.

GERMAINE

Qui est le blessé? D'ici on ne distingue pas bien.

FERNANDE

Attends... C'est le baron suédois... il est blessé au bras.

GERMAINE

Au gras du bras ! Entre eux, ils appellent ça la partie antéro-interne... du machin... (Revenant en scène.) Il me l'avait dit... il me lavait bien dit ! Retirons-nous, ne regardons pas plus longtemps ce spectacle ridicule et d'ailleurs terminé !...

BRISSAUD.

C'était très émouvant.

MADAME BRISSAUD.

J'en suis encore tremblante.

COLETTE

Ces deux hommes qui se précipitent l'un

190 EN GARUE !

contre l'autre, dans un champ de courses, c'aurait pu être un massacre !

Ça n'a été qu'une course, heureusement.

COLETTE

C'est égal, j'aurais été navrée de manquer ça di^rarit mon séjour à Aix-les-Bains.

MADAME BRISSAUD.

Merci, chère amie, de votre hospitalité.

GERMAINE

Monsieur Le Hercheur déjeune ici avec ses témoins et le médecin... Je n'ai pas osé inviter l'adversaire, mais mon mari l'aura peut-être fait... Voulez-vous être des nôtres?

MADAME BRISSAUD.

Avec grand plaisir...

GERMAINE

Vous aussi, Colette, vous déjeunez avec nous?

COLETTE

Bien entendu !

BRISSAUD, qui est rexlé à l;i fenêtre.

Le voici!... le voici! il descend d'automohile, avec les témoins et le comte de La Rombière qui a dirigé le combat...

FERNANDE

Le vainqueur vient recevoir nos félicitations.

GERMAINE

C'est très commode... il va les chercher à domicile.

COLETTE

Il ne faut pas les lui marchander.

(Entre Hector.)

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