‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 2)Chapitre 131 sur 305 · ACTE I, SCKNE IX · texte numérisé non relu

ACTE I, SCKNE IX

HECTOR

D'ailleurs, je suis un homme fini... Je suis un homme mort I

GERMAINE

Je ne veux pas que vous soyez un homme mort!

HECTOR

Oh ! rassurez -vous, madame... Je ne me tuerai pas. Je considère le suicide comme une lâcheté : c'est un duel avec un adversaire désarmé !

GERMAINE

A la bonne heure !

HECTOR

Et je dis que je suis un homme mort parce que ce n'est pas vivre que d'être séparé de la femme que l'on aime.

GERMAINE

Le Hercheur ! ce n'est pas avec ces grands mots bètes que l'on traduit une passion sincère !

Oh ! je sais... Tout à l'heure, j'étais ridicule! Maintenant, je suis bète. Si ça continue, je vais être odieux. C'est le jour ! Que voulez-vous? je ne m'attendais pas à ce qui m'arrive. L'idée que je ne vous ferais pas partager mon amour me paraissait folle, invraisemblable 1 Ça ne m'entrait pas dans la tète ! J'avais tout combiné, tout préparé d'avance ; cet amour, je l'avais débarrassé de toutes les vulgarités et de toutes les complications. 11 n'était entouré que d'idéal, de beauté, de joie!... Je me voyais déjà vous guettant, épiant le bruit de vos pas dans le petit escalier secret... Car j'ai deux entrées. . . dont une par la boutique d'une antiquaire. . . j'ouvrais la porte, vous étiez inquiète,

émue ! Je vous pressais dans mes bras, et il arrivait ce qui n'arrive qu'une fois dans la vie d'un homme et d'une femme : la passion ! La passion dans ce quelle a de plus violent et de plus énergique. Et alors, vous comprenez, j'apprends que tout cela n'est pas réalisable, que ça n'arrivera jamais, c'est bien dur ! C'est un de ces chocs qui font tout à coup d'un homme un vieillard ou un enfant !

GERMAINE

Je vous en prie, mon ami ! Ne vous mettez pas dans des états pareils ! Evidemment, il est impossible que je vous cède jamais... Je réfléchis... c'est impossible. Mais nous pouvons rester tout de même bons amis. Et on tâchera de vous guérir ! Appliquez-vous de votre côté. Prenez des maîtresses... Prenez-en deux ou trois.

HECTOR, amer.

Par jour, n'est-ce pas?

GERMAINE

Vous en avez déjà une qui est très gentille ! Mademoiselle Julia Raisin !

HECTOR

Non, madame, je ne l'ai plus ! Nous sommes séparés à jamais... c'est une résolution que j'ai prise... Elle ne s'en doute pas, mais je vais le lui annoncer dans un quart d'heure.

GERMAINE

Elle ne vous aime donc pas ?

HECTOR

Si I Elle m'adore, du moins, je le suppose. Mais qu'importe...

Page 1