ACTE !II, SCÈNE VII
vais pas être malheureux, mais j'ai l'intenlion de me distraire comme je ne l'ai jamais fait. Car je suis en train de m'apercevoir que je n'ai pas eu de jeunesse et que je n'ai possédé qu'une femme mariée : la mienne. Ça ne peut pas durer. Aussi ai-je pris une résolution énergique.
TENCIER.
Tu ne fais que ça... Et quelle est cette résolution?
BRANCOUR.
C'est de me jeter immédiatement dans la débauche, ce qui est peut-être la meilleure revanche sur la trahison de la femme. As-tu essayé de la débauche, toi, vieux Tencier?
TENCIER.
Oui, souvent.
BRANCOUR.
Et qu'est-ce que ça donne ?
TENCIER.
Des courbatures.
BRANCOUR.
Mais je te parle au point de vue moral...
TENCIER.
Au point de vue moral ça donne le dégoût de soi-même.
BRANCOUR.
Parfait. Quand je me dégoûterai, le monde me dégoûtera moins. Je vais donc essayer de me dégoûter avec Colette.
TENCIER.
Avec Colette?... Toi! Ce n'est pas une mauvaise idée !
BRANCOUR.
N'est-ce pas? Je prévoyais ce que tu me répondrais. Aussi je lui ai donné rendez-vous chez toi.
TENCIER.
Chez moi ! . . . Tu es fou ! Je ne veux pas que tu rencontres Colette ici!...