SCÈNE II BAROIS, HÉLÈNE
HELENE, très cordialement.
J'espère que vous venez me faire une visite, et non pas rester cinq minutes et vous en aller courir je ne sais où comme d'habitude... Asseyezvous donc.
BAROIS.
Non seulement je viens vous faire une visite, chère amie, mais encore cette visite a un but intéressé.
HÉLÈNE
Vous m'intriguez.
BAROIS.
Voici. Mon ami Real désirerait vous présenter ses hommages et vous faire ses adieux.
HÉLÈNE
Monsieur Real... Sébastien Real!
BAROIS.
Oui. Il quitte définitivement Villensel où il ne peut arriver à se créer une situation, et il va habiter Paris.
C'est lui qui vous a prié de faire cette démarche auprès de moi?
BAROIS.
A l'instant.
HÉLÈNE
Et pourquoi ne voulait-il pas venir ici tout seul
ACTL I, SCÈNE II 'M[
sans cette puissante recommandation? Ce nest pas à cause de mon mari, j'espère?
BAROIS.
C'est à cause de votre belle-mère... Les deux familles Ardouin et Uéal ont toujours été un peu brouillées : on n'a jamais su pourquoi? Ça se perd dans la nuit des temps. Et madame Ardouin est une femme qui n'oublie pas...
HÉLÈNE
Bah! elle n'est pas si terrible... Vous pouvez dire à monsieur Real que je l'attends cet aprèsmidi, et que je serai très contente de le recevoir... Quel garçon singulier!
BAROIS.
Extrêmement bien doué, mais qui n'est pas à sa place. Il a été bousculé par le drame de famille le plus fréquent chez nous, la ruine... et il avait l'âge où le manque soudain d'argent arrête toute carrière... Il allait se présenter à l'Ecole... Il a fallu y renoncer. C'est la vie interrompue et à refaire... Ah! il aura du mal à se remettre en équilibre.
Et comment cette famille s'est-elle ruinée? C'étaient des gens très raisonnables. Par des spéculations?
BAROIS.
Non. En vivant bien, tout simplement. Le père Real s'imaginait toujours qu'il allait plaider une grosse affaire, et, en attendant, il dépensait chaque année le double de ses revenus pour que tout le monde autour de lui fut heureux. C'était un homme exquis, qui a laissé en mourant sa famille dans la détresse. L'an dernier, madame Real est
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morte à son tour et Sébastien est resté seul avec sa sœur, à vingt-cinq ans. Enfin! comme c'est un garçon très énergique, il se tirera de là, mais il sera secoué, qu'il ne se fasse pas d'illusions!
HÉLÈNE
Vous le connaissez depuis longtemps?
BAROIS.
Depuis toujours...
HÉLÈNE, souriant.
Vous a-t-il jamais raconté notre petite histoire?
BAROIS.
Vous avez eu une histoire, à vous deux?
HÉLÈNE
Mais oui...
Sébastien et vous?
HÉLÈNE
Parfaitement.
BAROIS.
Il ne m'en a jamais parlé... Quel cachotier! Voilà encore un de ses défauts : l'excès de discrétion ! Arrivons à l'histoire...
HÉLÈNE
Faut-il la dire?
BAROIS.
Immédiatement... sans ça, je vais la deviner.
HÉLÈNE, toujours souriant.
Eh bien! monsieur Real et moi, nous avons failli nous marier...
BAROIS.
Ah bah ! Et y a-t-il indiscrétion à vous demander quelques détails?