ACTE I, SCÈNE V
VOUS faire des confidences, à vous, et au moment où vous partez ! En quoi ça peut-il vous intéresser? Pardonnez-moi, Sébastien... Je suis infiniment heureuse, voilà la vérité.
SÉBASTIEN
Non... non... dites!... Vous avez commencé... Ce qu'on ne sait pas?... dites?... Allez, dites?...
HÉLÈNE
Eh bien! ce qu'on ne sait pas... c'est que ce beau garçon que j'ai épousé me trahit sans cesse et de la façon la plus vile... C'est qu'il est inconscient, médiocre et ennuyeux... C'est que je l'ai épousé sans l'aimer, affolée par mon père, saisie dans l'intrigue de tout une ville, victime des calculs d'une femme qui trouvait cette union avantageuse pour son fils...
SÉBASTIEN, lui prenant la nniin.
Oh ! Ma pauvre Hélène !
HÉLÈNE
Lorsque j'ai eu ma fille, il n'a même pas eu à cette occasion la tendresse soudaine qui prend les hommes les plus vulgaires... Je lui aurais tout pardonné. Maintenant, c'est fini. Notre union n'est plus qu'une plate série d'habitudes. Quoi qu'il fasse, c'est l'indifférence. Et quand je le vois, devant une femme qui passe près de lui, cambrer ses reins et faire son étalage de bel homme, je n'éprouve qu'un sentiment : le dédain ! Ah ! mon ami, comme à de certaines heures de la vie, en regardant dans le passé, la vue s'éclaircit brusquement ! Comme on voit ce qu'il aurait fallu faire, bravement, malgré les parents, malgré le monde, malgré les conventions ! Oh ! les minutes qu'au prix de dix ans d'existence on
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voudrait revivre de nouveau... Celles où on n'a pas écouté son cœur, où on a dit : oui, au lieu de dire : non !
SEBASTIEN, lui i>rcn:uU les deux muinx.
Je suis navré, Hélène... Je ne savais rien, moi, je ne soupçonnais rien... Quand je pense que vous auriez pu être ma femme!... et qu'il suffisait peut-être... Et je suis obligé de partir... Je ne peux pas rester près de vous, être votre ami... non, je ne peux pas... Il faut absolument que je quitte ce pays... Je n'ai plus de quoi vivre, ma petite maison est vendue... Je pars avec cinq cents francs dans ma poche !
HÉLÈNE
Et moi qui suis si riche ! Quelle horreur !
SÉBASTIEN
Oh ! ne me plaignez pas, Hélène ! Je vais courir une aventure, mais je vais la courir avec confiance, avec toutes mes forces, sans remords, comme on va à un combat loyal... Mais c'est vous, vous... que je laisse ici... Après tout ce que je sais à présent, il me semble que je vous abandonne.
HÉLÈNE
Non, Sébastien, car je vais penser à vous souvent... Et cette confidence que je vous ai faite m'est une espèce de réconfort, de revanche qui me soulage le cœur... Je vous suis très reconnaissante de ne m'avoir pas oubliée, Sébastien... Qui sait ? nous nous retrouverons peut-être !
SÉBASTIEN
Comment? peut-être... Mais bientôt, Hélène, bientôt... Et je veux que vous m'écriviez !