ACTE II, SCENE II
SÉBASTIEN
Et pourquoi ne le lui dis-tu pas ?
HÉLÈNE
Oh! je n'ai pas peur de la scandaliser : j'ai peur de l'étonner. Mais je suis très capable de lui faire un jour cette surprise... Ah! ne perdons pas de temps. Que je t'explique avec qui tu vas te rencontrer cet après-midi. Quand je pense que j'ai des amis tous les dimanches et qu'il y en a un qui ne vient jamais et que c'est toi... Et encore j'ai choisi le dimanche parce que c'est le seul jour où tu sois libre... Enfin! je te tiens... et de gré ou de force il faudra que tu te décides à faire des relations... Ecoute bien. Nous avons d'abord madame La Houbelle. Madame La Houbelle est une vieille dame qui est l'auteur d'un livre de philosophie admirable...
SÉBASTIEN
Ce n'est pas elle qui en est l'auteur, c'est son mari. 11 est vrai qu'il est mort.
HÉLÈNE
L'as-tu lu ce livre?
SÉBASTIEN
Non, mais je peux en parler.
Ça suffit. Tu verras aussi monsieur et madame Moulaine. Depuis un an que tu es à Paris, tu n'as pas rendu visite à monsieur Moulaine qui est le député de ton pays. Ce n'est pas convenable. C'est monsieur Moulaine lui-même qui m'a demandé à faire ta connaissance. . . Ne souris pas, mon chéri. . . C'est un homme éminent... Non, n'exagérons rien, ce n'est pas un homme éminent... Mais
Moulaine, avec tout ce qui est autour de lui, sa fortune, sa femme, son siège au Parlement, des tas de petits services rendus à tout le monde, un salon politique et littéraire où il faut que tu ailles, je m'en charge...
SÉBASTIEN
Ce sera gai!
HÉLÈNE
Avec tout ça, Moulaine est une espèce de puissance, mettons une demi-puissance... En tout cas, c'est un homme à ménager.
SÉBASTIEN
Je m'engage à le ménager.
HÉLÈNE
As-tu entendu parler de Serval?
SÉBASTIEN
Jamais.
HÉLÈNE
Il viendra aussi. Serval, c'est un homme du monde... c'est-à-dire...
N'insiste pas, j'ai compris.
HÉLÈNE
Les Balanier, monsieur et madame Balanier. Tu m'as dit que tu avais visité une de leurs usines... N'est-ce pas?
SÉBASTIEN
Oui.
HÉLÈNE
Ils en ont d'autres dans les Pyrénées, je crois... Tu pourras causer avec monsieur Balanier. Sa femme est très élégante, tu verras... Ah ! que je n'oublie pas. J'ai invité l'autre jour monsieur Ga-