ACTE II, SCÈNE II
baniès que madame La Hoiibellc m'a présenté, à un thé chez elle. Monsieur Cabaniès, c'est l'homme dont on parle le plus à Paris en ce moment.
SÉBASTIEN
Pourquoi?
IlELKNE.
Parce que c'est limpresario dune artiste italienne, la Graza, qui va chanter à Paris pour la première fois. Tâche de retenir tout ça !...
Et d'où connais-tu ces gens-là?
HÉLÈNE
Par madame Moulaine qui était très liée avec ma famille... Et je veux que tu les connaisses aussi. Tu entends, Sébastien? il le faut. Tu ne peux pas rester dans la situation oij tu esl... 11 y a un abîme entre ton intelligence, l'éducation que tu as reçue et le métier que tu fais... Ah! l'autre jour, quand je t'ai aperçu sous ce hangar, en train de graisser une machine la blouse sur le dos, la sueur au front, j'ai eu le cœur remué... Je n'ai rien voulu te dire sur le moment... Mais je suis rentrée désespérée !
SÉBASTIEN
Ecoute, ma chérie, nous ne devrions jamais avoir ces conversations-là, et nous les avons sans cesse. Je veux bien, puisque ça te fait plaisir, être présenté à Moulaine, à madame LaHoubelle, et même à cet imprésario... C'est parfait, ça m'amusera. Mais qu'il n'y ait pas de malentendu entre nous. Je t'aime, je suis ton amant, mais je suis aussi un jeune homme qui a besoin de gagner sa vie, qui a refléchi à ce qu'il devait faire pour cela et qui en est le meilleur juge. J'ai l'inten-
tion de devenir plus tard un industriel, un grand industriel, si je le peux, et non un homme élégant qui se met en habit tous les soirs pour faire la cour à de vieilles dames influentes. Je t'ai confié cent fois mes projets. Je me sens très capable de faire en mécanique des inventions intéressantes. En tout cas, c'est le métier que je préfère et celui où mes études ne me sont pas inutiles. 11 est donc tout naturel que je manie des machines et que je passe une blouse pour ne pas me salir. Quand j'enlève ma blouse, tu vois que je peux encore mettre une redingote.
Et la porter très bien. C'est pour ça que j'insiste.
SÉBASTIEN
Mais ce n'est pas la peine de t'apitoyer sur mon compte.
HÉLÈNE
Si seulement tu ne me dissimulais pas tes misères ou simplement tes soucis !
SÉBASTIEN. '
Je ne te les raconte pas en détail parce que tu les exagères et que tu es portée à voir ma situation sous un jour romanesque pour ne pas dire tragique.
HÉLÈNE
Elle peut le devenir. Elle l'a été souvent. Il y a des jours où tu n'as pas eu de quoi dîner. C'est une honte ! C'est abominable !
SÉBASTIEN
Ah ! j'ai joliment eu tort de te l'avouer... Va ! je t'assure que tu attaches au fait de ne pas diner une fois par hasard une importance excessive...