ACTE r, SCÈNE XVI
LUCE
Pas pour l'instant. Oh ! mon Dieu ! je rencontrerais un ieuno homme riche, intelligent, qui me demanderait ma main, je me laisserais peutêtre tenter. Et encore, je réfléchirais... Parce que le mariage, aujourd'hui, pour une femme, c'est un commencement ou une fin, mais ce nest plus une carrière.
LA COMTESSE
Je vois que vous êtes très raisonnable.
LUCE
Moi, madame ! Oh ! pas du tout. J'en ai l'air, comme ça, parce que je dis de temps en temps des choses sérieuses... mais il n'y a pas de femme moins équilibrée que moi. La première bêtise que je ferai, ce sera le commencement d'une série, je sens ça. Aussi, je la retarde le plus que je peux.
LA COMTESSE
Permettez- moi une question assez délicate. Vous n'aviez pas fait un mariage d'amour ?
LUCE
Oh ! non. J'étais même amoureuse à ce moment-là d'une espèce de petit imbécile. J'en étais amoureuse folle... Je n'avais jamais osé le lui avouer. Je le lui ai dit la veille de mon mariage, figurez-vous... ça s'est trouvé comme ça... et je lui ai proposé de m'enlever... C'est lui qui n'a pas voulu. Et savez-vous pourquoi il n'a pas voulu ? Parce qu'il avait un rendez-vous de chasse le lendemain ! J'ai été tellement écœurée que je suis restée une honnête femme. A quoi tient la destinée I
LA COMTESSE
Gomme c'est juste ! Je ne vous raconte pas ma vie, mais elle aurait été toute différente si un de mes cousins n'avait pas été tué dans un accident de chemin de fer.
LUGE
Oui, il sufiit souvent d'un rien I
LA COMTESSE
Mon enfant, vous m'êtes très sympathique, et je suis toute à votre disposition. Ne vous gênez pas, dites-moi ce que je peux faire pour vous.
LUCE
Je vais vous le dire bien franchement... Voici... Mon mari m'a laissé une petite rente avec laquelle je peux vivre à la rigueur... Mon Dieu, oui ! En me privant de tout ce qui est agréable, je peux parfaitement vivre... Mais ce n'est pas gai... et je ne vous cache pas que je suis plus ambitieuse que ça.
LA COMTESSE
Vous avez bien raison.
LUCE
Je sens qu'il y a en moi mieux qu'une petite bourgeoise, que je suis capable, moi aussi, d'être quelqu'un, d'avoir de l'influence, de dominer ! d'être une de ces femmes indépendantes comme il y en a quelques-unes maintenant et qu'on cite comme des hommes. C'est peut-être bête ce que je vous dis ?
LA COMTESSE
Pas du tout. C'est très franc... De mon temps, c'est plutôt les jeunes gens qui parlaient comme