ACTE I, SCÈNE XVI
VOUS... Mais enfin, je vous comprends, mon enfant. Allez ! allez !
LUGE
Que voulez-vous ? Paris vous grise quelquefois, le soir quand on sort et qu'on voit tant de femmes qui ont l'air de souveraines. On rentre chez soi, toute seule, et on a de la peine à s'endormir... On ne sait pas trop ce qu'on désire, si c'est la gloire, si c'est l'amour ou la fortune, mais on sent très, bien qu'on désire quelque chose et qu'on ne Ta pas... Enfin ! on dort mal... Et le résultat de tout ça — il faut pourtant que j'arrive à vous faire cet aveu — le résultat de tout ça, c'est que je me suis mise à écrire. Voilà !
LA COMTESSE
A écrire?,.. Comment cela?... A faire de la littérature ?
LUGE
Oui, madame.
LA COMTESSE
Vous avez fait un roman, je parie?
LUGE
Non, madame, quelle horreur! .J'ai fait un livre... un livre grave... presque grave.
LA COMTESSE
Diable! Et sur quoi?
LUGE
Sur le... sur... sur l'éducation des jeunes filles.
LA COMTESSE
Mais c'est charmant, c'est charmant ! Vous allez me le donner, votre livre.
42 LES KAVOniTES
LUGE
C'est qu'il n'est pas encore imprime'... Je l'ai porté chez plusieurs éditeurs qui m'ont répondu que des livres sur l'éducation des jeunes lilles, il y avait tout ce qu'il fallait. C'est alors, madame, que j'ai pensé à vous qui avez tant do relations.
LA COMTESSE
C'est que je ne connais pas d'éditeur, ma chère enfant. Mais, n'importe, nous en trouverons un, ce n'est pas ce qui manque.
LUGE
Je ne sais comment vous remercier, madame.
LA COMTESSE
Vous avez bien fait de vous adresser à moi, et il faudra venir me voir souvent. Je vous ferai faire des connaissances très utiles. Est-ce qu'un ministre vous fait peur ?
Un ministre ?
LA COMTESSE
Et celui de l'Instruction publique, encore ! C'est tout à fait votre affaire.
LUGE, .sliippfaite.
Le ministre de l'Instruction publique est ici !
LA COMTESSE, souriant.
Vous le connaissez ?
LUGE
Non, mais j'en ai entendu souvent parler par mon mari.
LA COMTESSE
Oh ! ce n'est plus le même... Venez.