ACTE IV, SCÈNE I
Je n'y pensais plus, moi, à celle-là!
MADEMOISELLE MESSANY
Qui, celle-là!
HÉLÈNE
Sa sœur.
MADEMOISELLE MESSANY.
Tu ne savais pas qu'il avait une sœur?
HÉLÈNE
Mais si... Elle est même charmante... Elle a de l'intelligence et de la race. Mais qui aurait pu prévoir qu'elle resterait seule un jour et que Sébastien serait obligé de la prendre avec lui? Elle va être terrible entre nous deux !
MADEMOISELLE MESSANY.
Tu ne penses qu'à ça, toi. . . Et comment se fait-il qu'elle soit seule tout à coup, mademoiselle Real?
HÉLÈNE
Sa marraine, chez qui elle demeurait, vient de mourir... Je vous l'ai raconté.
MADEMOISELLE MESSANY.
Non, tu ne me l'as pas raconté... Tu crois que tu me dis les choses, et la plupart du temps, il faut que je devine... (La, regardant.) Es-tu tourmentée, ma pauvre enfant! Tu es pâle depuis quelques jours... Tu as des étoutfements continuels!... Je suis sûre que tu souffres... moi qui te croyais heureuse!
On peut être heureuse et soutYrir tout de même... D'ailleurs, c'est vrai... je souffre... je souffre depuis deux mois parce que Sébastien cherche une situation et qu'il n'en trouve pas...
430 HÉLÈNE AnoouiN
11 en est réduit pour vivre à faire des travaux dans une lii3rairic et des dessins dans une usine... Il court ou il travaille toute la journée. . . Un garçon de cette valeur! Alors son caractère s'aigrit et devient plus âpre, ça se comprend... Et le voilà maintenant avec cette charge nouvelle... Ah ! que c'est dur! que c'est injuste!
MADEMOISELLE MESSANY.
Où va te mener cette liaison, ma pauvre enfant, avec les complications de ta vie d'un autre côté? Sébastien est un très honnête garçon. Il t'aime. Mais tu sais bien que tu ne peux pas être sa femme à moins de consentir à un scandale et à un procès qui pèserait lourdement sur l'avenir de ta fille... ïu ne feras jamais ça... As-tu des nouvelles de ta belle-mère?
HÉLÈNE
Ah! oui... j'oubliais... Je viens de recevoir une lettre d'elle.
MADEMOISELLE MESSANY.
Et tu ne me le disais pas!... Voilà un événement! Elle t'écrit... ça, par exemple! Après ce qui s'est passé, c'est curieux !
HÉLÈNE, preniiul la lettre xiir te bureau.
Tenez... lisez!
MADEMOISELLE MESSANY, peu à peu, à la lecture.
Ah! bien... ça... (Usant.) « Est-il possible que des femmes comme nous, unies par tant de liens si chers, se soient laissées entraîner à des sentiments de haine! » (Parlé.) Elle a raison... C'est très bien ce qu'elle fait là, ta belle-mère... i^ Lisant.) a Au revoir, ma chère fille, je vous embrasse. » (Parlé.) Nous uous étious Irompécs sur son compte, c'est une excellente femme.