ACTE IV, SCÈNE V
tout ce que tu m'as dit? Si je profitais de ta faiblesse et de ton émotion, au premier échec, à la première déception, c'est encore moi que tu accuserais ! Les raisons que tu me donnes aujourd'hui reviendraient plus fortes et plus impérieuses 1 Et je serais celle qui aurait entravé ta carrière... Ah ! j'avais fait un autre rêve! Non... non... Sébastien, je ne consens pas à jouer ce rôle dans ta vie. Suis ton inspiration et ton instinct. C'est toi qui es lucide sur ta destinée... Moi, je me suis trompée... Oui, j'ai dû me tromper. . . Je nai pas eu la claire vision de ton avenir. . . J'aurais pu mieux deviner ton caractère, tes goûts, ton genre de supériorité sur les autres hommes... J"ai vu surtout les qualités pour lesquelles je t'aimais... je l'avoue... je l'avoue. Mon cœur se révolte, mais mon esprit se soumet.
SÉBASTIEN
Tu ne me comprends pas, Hélène... Je ne peux pas oublier tes caresses, tout ce que tu m'as donné de toi... Tu as été la compagne, l'amie... Je ne l'oublierai jamais. Et je te jure que si je m'éloigne de toi, c'est avec la volonté profonde de revenir un jour bien armé et bien fort, pour t'arracher à tous ces gens qui te menacent: tandis qu'aujourd'hui, je ne peux rien pour toi, rien, je suis vaincu d'avance ! Laisse-moi conquérir de la puissance, de l'argent... Ce sera pour nous, pour nous deux ! Car je t'aime !
Tu veux donc que j'espère encore ? Absurde que je suis ! Jusqu'à ton départ je vais te croire !
SÉBASTIEN
Oui... oui... et il ne faut plus souffrir! Il ne
faut plus répéter surtout cette chose abominable que tu m'as dite tout à l'heure...
HÉLÈNE
Ah! oui... ma mort... Mais suis-je bête de t'avoir dit ça ! Voilà que j e vais encore te troubler. . . t'inquiéter !.., Excuse-moi, mon chéri!... et à demain... Tu verras, demain, je serai plus gaie !... D'ailleurs, tu ne pars pas avant quelques jours, n'est-ce pas? J'aurai le temps de m'habituer à cette idée... C'est vrai, c'est vrai, tout n'est peutêtre pas fini... non!... Et puis, sois tranquille, va... quoi qu'il arrive, je ne mourrai pas... je te le promets... je te le promets... On ne meurt pas comme ça, ce serait trop commode !
(Ils sont allés vers la porte en se tenant par la main. Le rideau tombe quand ils y arrivent.)