SCENE IV HÉLÈNE, MADEMOISELLE MESSANY
MADEMOISELLE MESSANY, la regardant, après un temps.
Voyons, secoue-toi un peu, tâche de sourire, de te reprendre... En somme, ça ne t'engage pas à grand'chose de recevoir ton mari.
HÉLÈNE
Oh! en effet...
MADEMOISELLE MESSANY.
Ne sois donc pas triste comme ça.
HÉLÈNE
Je ne suis pas triste... non... j'ai plutôt comme un brouillard devant l'esprit. Je n'aperçois plus les choses avec la même netteté qu'autrefois. Ma vie passée me paraît lointaine et confuse. Les événements qui la composent, les douleurs qui l'ont traversée ne forment plus qu'un seul souvenir, très vague, très lourd, sous lequel je suis écrasée... Il me semble que je n'ai plus d'âge et je suis obligée de faire un effort de mémoire pour me rappeler que je n'ai pas tout à fait vingt-huit ans...
MADEMOISELLE MESSANY.
Voilà le vrai mot, tiens!... le mot de la nature... tu as vingt-huit ans et par conséquent tout l'avenir est devant toi.
HÉLÈNE, riant.
Ah! Ah! l'avenir!... Vous souhaitez que je rie... Eh bien! voilà... je ris... {Sérieusemeni.) C'est le quinze, aujourd'hui?
MADEMOISELLE MESSANY.
Le quinze.
HÉLÈNE
Un lundi?
MADEMOISELLE MESSANY.
Un lundi. Pourquoi demandes-tu ça?
HÉLÈNE
C'est parce que dans ma dernière lettre à Sébastien je crois que je me suis trompée de jour