ACTE V, SCGNF. I
et de date. Quand vous ai-je donné une lettre pour lui?
MADF.MOISELLE MESSANY.
Vendredi.
HÉLÈNE
Vous l'avez envoyée à la poste immédiatement?
MADEMOISELLE MESSANY.
Le soir même.
HÉLÈNE
Ah!
Alors, il sait que tu as été malade? Tu ne voulais pas le lui dire.
HÉLÈNE
Je ne voulais pas l'inquiéter... Car, évidemment, ça l'aurait inquiété... Mais quand le docteur a dit que j'étais hors de danger, je l'ai mis au courant... Je lui ai raconté ma maladie... Je ne sais 4)as pourquoi d'ailleurs... Oh! vous pensez, ce n'est pas pour le faire venir... Ça lui serait bien difficile... Il est tellement occupé !
MADEMOISELLE MESSANY.
Il est toujours content de sa situation, ce petit?
HÉLÈNE
Oh ! enchanté... Il est à la tète d'une exploitation très importante... II gagne bien sa vie. Monsieur Balanier est très satisfait de lui... Et il va le garder des années et des années. Figurezvous que Sébastien a apporté dans les machines quelques perfectionnements très ingénieux...
MADEMOISELLE MESSANY.
Vraiment? Et quelles machines?
HELENE
Des machines agricoles. Oh! sa carrière est assurée ! Quel bonheur pour lui ! Il le mérite, allez! Il est si énergique, si intelligent! Le voilà dans sa vraie voie... 11 finira par se marier... oui... il se mariera forcément... forcément... Entre nous, maintenant, il y a un abîme... il y a toute la vie... Vous voyez, je suis résignée... bien résignée... Je n'ai plus d'illusions, je n'ai plus d'espoir...
MADEMOISELLE MESSANY.
Dans ce cas, je ne vois pas pourquoi tu ne te remettrais pas tranquillement avec ton mari.
HÉLÈNE
Est-ce que je peux prendre une décision pareille sans revoir Sébastien, sans qu'il sache les vraies raisons de ma conduite? Il faut que j'aie une dernière explication avec lui, pourtant!
MADEMOISELLE MESSANY.
A quoi bon? Il sait bien que ta position est intenable, que tu ne peux pas l'attendre éternellement, avec toutes les menaces qui pèsent sur toi... sur ta fille... Va, ma pauvre chérie, en te réconciliant avec monsieur Ardouin, tu fais ce que tu dois faire.
HÉLÈNE
Oui, quand on n'espère plus rien, c'est encore une chance qu'il reste le devoir. . . {Écoulant.) Tenez. . . Voici mon mari... je reconnais sa voix.
PIERRE, eittr'uuvraiit la porte.
On peut entrer ? {il entre. A mademoiselle Messany.)
Bonjour mademoiselle.